Tuesday, June 21, 2005

Le scandale de pornographie à Agadir

Le scandale des photos pornographiques d’Agadir ne finit pas de faire parler de lui. Rappelons les faits : un pervers belge, du nom de Philippe Servaty, alors journaliste du quotidien « Le soir » fait des voyages réguliers à Agadir, promet la « lune » et le « paradis » à ses conquêtes d’un soir, et obtient sans difficultés le consentement de ses dernières pour, non seulement passer à l’acte sexuel, mais pour faire des photos pornographiques d’une obscénité rare. Le belge, par la suite publiera ces photos sur Internet… Les médias marocains, avec à leur tête Tel Quel, en ont fait quelques échos. Tel Quel, dans son numéro qui sera en ligne dans quelques jours, a fait état des échos dans en Belgique où l’indignation est générale et des poursuites contre Servaty sont envisagées.

Rapidement, ce scandale m’inspire les réflexions suivantes :

1. D’abord, il va sans dire que ce scandale n’a vu le jour qu’à cause (ou grâce) à la diffusion des photos sur le Net. Des histoires de ce type ne sont plus rares au Maroc, malheureusement. Sur le site http://petition.canalblog.com/, Nadia nous apprend que la chaîne de TV Al-Arabiah en a aussi parlé. En vérifiant, j’ai constaté que Al-Arabiah est allée encore plus loin. Elle a consacré tout un dossier à la « prostitution marocaine » dans les pays du golfe, dans les boites de nuit … Israéliennes, etc. Il est fait mention, également, de la prostitution homosexuelle et d’autres scandales liés au commerce de la prostitution.

2. On ne peut plus se recroqueviller derrière l’excuse éternelle de la pauvreté et la misère pour expliquer ces scandales. En témoignent les photos pornographiques dégradantes que toutes ces femmes ont accepté sans vergogne de faire. Se faire uriner dessus, se prêter à des séances de photos pornographiques avec un voile sur la tête ou en position de prière va évidemment au-delà de la misère ou des promesses de mariage. Il faut bien se rendre à l’évidence. Les causes sont à chercher ailleurs. La principale à mon avis, est ce matérialisme sauvage, phénomène assez récent qui a gagné, sans préavis, les esprits de la société Marocaine. La disparité économique croissant de manière vertigineuse a corrompu les valeurs de la société. La drogue, la corruption, l’émigration, une mentalité fondée généralement sur le « paraître » plutôt que le « être », les chaînes satellitaires pornographiques disponibles un peu partout dans les foyers Marocains, et d’autres facteurs ont fait que des personnes n’acceptent plus une vie modeste mais décente comme auparavant. Elles veulent accéder à la richesse et au luxe qu’elle qu’en soit la manière. Le pire est que les générations de leurs parents (certaines, je ne généralise pas, évidemment) ont également capitulé devant les promesses et les nouvelles portes au luxe, ouvertes devant leurs filles (ou fils). Luxe qu’elles n’ont pas eu le loisir de vivre dans leur jeunesse.

3. Le projet de 10 millions de touristes est un très bon plan. Aussi faut-il le préparer minutieusement pour qu’il ne se transforme pas en une dérive dont les conséquences seraient très néfastes sur tous les plans. Sur l’article de Tel Quel à paraître, on apprend que Servaty, après avoir diffusé les photos sur Internet, a reçu des emails de gens le priant de leur filer des tuyaux leur permettant de répéter les mêmes « prouesses » chez nous…

4. Les conséquences à moyen terme de ces histoires, qu’elles deviennent publiques ou non, pourraient être dangereuses. Nous savons tous que le marché de la prostitution est très prolifique. Il attire systématiquement la mafia qui, au départ, commence de manière soft mais, après, fait des prostituées des esclaves. La mafia associera bien sur la drogue à son entreprise, et une fois la concurrence devient rude, elle passe aux armes. Ce n’est sûrement pas ce que les 10 millions de touristes potentiels aimeraient entendre. Et ce n’est sûrement pas bon pour la sécurité de notre pays.

5. Ces histoires à répétition rendent, également, vulnérable une bonne partie de la population aux discours incendiaires de certains prêcheurs d’un Islam très dur, étroit d’esprit, qui refuserait tout ce qui est lié de près ou de loin à la modernité, en faisant un amalgame entre l’évolution naturelle d’une société vers de nouveaux horizons, et la dégradation des mœurs et la débauche qu’il faut condamner sans renoncer à la modernité.


Pour en savoir plus :

Tel Quel: Enquête. Pornographie et abus de confiance

Tel Quel : Scandale porno d’Agadir. Sur la piste du coupable

Tel Quel : Scandale porno d'Agadir. Le filet se ressèrre (article à paraître dans quelques jours).

Le dossier d’Alarabiah

Tuesday, June 14, 2005

Vers la théocratisation et l’éthnisation du paysage politique Marocain ?

D’abord l’agrément (1) du ministère de l’intérieur donné, il y a une semaine, à la création d’un second parti islamique "Alternative civilisationnelle" ("Al Badil al Hadari"). Ensuite, encouragée par cette autorisation, la demande (2) solennelle, quelques jours plus tard, de militants de la cause berbère pour la création du Parti démocratique amazigh (PDA). Le PDA ne manque pas d’arguments pour revendiquer son entrée sur la scène politique. Au projet de loi voulant interdire tout référentiel religieux ou ethnique, il oppose la non cohérence de l’application de « deux poids deux mesures », puisque le PJD et le Badil Al Hadari, eux, ont bien été autorisés. Pour déjouer ce projet, le PDA affirme, de plus, que le parti est ouvert à toutes les ethnies, même si la manœuvre est plus politicienne qu’autre chose (on voit mal le parti attirer un nombre suffisant de citoyens non amazigh.). La cohérence et la logique sont là, et c’est cela ce qui importe.

Deux mots sur Al Badil Hadari: D’abord une bonne nouvelle pour les partis Marocains traditionnels : L’entrée en jeu du Badil aura vraisemblablement pour conséquence l’affaiblissement du PJD, leur coriace adversaire, qui verra certaines de ses voix, déçues ou dissidentes, se tourner vers le nouveau venu. Ensuite, comme le souligne Mustapha Mouâtassim, le secrétaire général du parti, elle permettra d’enrichir « la différence au sein d'une même sensibilité (islamique) », et fera en sorte que personne « ne monopolise le référentiel islamique au Maroc ». Ce dernier point est capital, à mon avis. L’assurance de ne pas voir le référentiel islamique monopolisé par un seul parti aidera à lever la confusion entre Islam et partis islamiques, confusion criante dans le monde arabo-musulman contemporain. Elle rendra, ainsi, plus aisée, la désacralisation des partis politiques islamiques sans pour autant désacraliser l’Islam lui-même. Arriver à ce stade sera primordial pour mener des débats politiques dans la sérénité. Mises à part ces précisions, Al Badil al Hadari clame (3) haut et fort que son credo principal est la promotion de la démocratie et qu’il n’hésitera pas à nouer une alliance avec tout parti démocratique dont le projet de société est similaire, qu’il soit « laïc, de gauche, de droite ou islamiste ». Ce que je trouve très salutaire. Que les alliances portent sur les valeurs, les projets et non sur les idéologies leur donnant naissance !

Notons, au passage, que le refus initial du pouvoir d’autoriser Al Badil était du à la supposée identité chiite (4) de ses membres, « accusation » démentie par les concernés. Mais cela (le refus) est une autre histoire…

En dehors de ces considérations, s’achemine t-on vers une éthnisation et une théocratisation du paysage politique marocain ? Peut être, mais je pense qu’il s’agit d’une phase normale, dont il ne faut pas exagérer la portée. Au-delà des soupçons et/ou calculs des uns et des autres, les islamistes lancent des partis politiques afin de, entre autres, faire respecter l’identité musulmane du Maroc, les berbères, afin de faire respecter l’identité amazigh, etc. Quoi de plus normal si les différentes sensibilités se sentaient (sentent), à raison ou à tort, opprimées et bafouées dans leur droit identitaire, etc., et réagissent en conséquence. Du moment, bien sur, que les structures politiques sont adéquates et ne permettent pas l’anarchie ou la mainmise d’un parti sur les autres, ce qui est heureusement le cas dans notre pays. Une fois les différentes frustrations (identitaires, religieuses) libérées, l’avenir appartiendra aux formations politiques qui sauront tenir compte des différentes sensibilités (ethnique, religieuse, laïque, féministe, etc.), écouter leurs aspirations et dissiper leurs craintes, tout en proposant un projet de société global, solide et sans qu’il soit centré sur des références religieuses ou ethniques.

Références du billet

Saturday, June 04, 2005

Le mythe de « Bent Lblad »

Le billet que j’ouvre, part d’une statistique révélée, dans notre discussion sur les écoles Américaines au Maroc, par notre amie Blue Velvet : « dans le resencement cite par Karim, figure une donnee tres interessante: le taux des Marocains non-maries est le plus haut de tous les Arabes :)) ». Les raisons ? plusieurs selon BV:

« -le mythe de Bent lblad, la seule, l'unique, l'introuvable perle :) (Regardez les annonces sur wafin.com si vous pensez que j'exagere).
- Soyons serieux: Je crois que pour beaucoup, qui vivent sur deux petits boulots, parfois plus, la vie est difficile et ne permet pas de fonder un foyer.
-Ceux qui ont une situation passent pas le "papillonage affectif", se disent qu'ils ne vont pas rester eternellement aux US. Les annees passent, ete apres ete, ils rentrent au Maroc en vacances mais il est difficile de rencontrer la perle rare.
- je pense que les Marocains sont exigeants et originaux. Quelque part, ils ont raison...
»

Ce que je remarque, en lisant les causes que tu avances, BV, est que leur validité (ou non, pour rester objectif) concerne tout autant les Marocains vivant au Maroc que ceux d’Europe ou d’Amérique du Nord. A des degrés divers, il est vrai, certaines pouvant même passer d’une extrémité à une autre. Ceci juste pour affirmer que le sujet concerne tous les Marocains quelque soit leur lieu de séjour. C’est un clin d’œil à nos amis d’Europe et du Maroc!

Pour le reste, BV a également précisé : « I might be wrong. Comme on dit, c'est l'esquisse du commencement du debut d'une reponse. » Eh ben, pour faire le tour de ces quatre phases, je présume qu’il y aura de quoi écrire un livre ! A la mesure de la passion suscitée par le sujet… Sans tarder, je ne vais pas émettre de réaction personnelle à ce stade; je ne veux pas «corrompre» l’esprit de départ des tes réflexions. Pourrais-tu, donc, nous en dire davantage, BV, sur les points que tu as soulevés et éventuellement sur d’autres? A toi l’honneur!

Wednesday, June 01, 2005

Les Français du Maroc ont voté "oui" à la Constitution européenne

"RABAT (AP) - Le "oui" à la Constitution européenne l'a largement emporté dimanche parmi les Français résidant au Maroc, dont 83,84% ont approuvé le traité, a annoncé l'ambassade de France à Rabat lundi. Quelque 5.929 Français se sont prononcés en faveur de la Constitution, contre 1.143 qui l'ont rejetée. La participation a toutefois été assez faible avec un taux de 52%, soit 7.145 votants sur un total de 13.756 inscrits.
La communauté française au Maroc, en pleine expansion depuis 2002 et l'une des plus importantes en dehors de l'Union européenne, est estimée à quelque 30.000 personnes, la moitié d'entre elles n'étant pas inscrites dans les différents consulats du royaume. AP"

Intéressants ces chiffres. La discordance entre le pourcentage du "oui" des Français du Maroc et le pourcentage national est frappante. La différence avoisine les 40% ! On aurait aimé en savoir davantage sur les raisons d’une telle disparité en questionnant directement les concernés. Ou la réponse, tiendrait-elle simplement dans le fait que ces Français étant des émigrés, ils sont moins hostiles à aller vers l’autre (l’Europe dans ce cas), à découvrir et à oser en quête d’un avenir meilleur, en plus du fait qu’ils ne souffrent pas de la crise sociale at home en France ? Je n’en sais rien.

Saturday, May 21, 2005

Pourquoi les Marocains boudent les livres?

Dans cet article publié par le quotidien Aujourd’hui Le Maroc, quelques personnalités livrent leurs impressions sur les raisons derrière la problématique du faible taux de lecture des livres au Maroc. Ce sujet me fait penser à Ahmed Bouzfour, ce nouvelliste qui avait refusé un prix littéraire en protestation à la politique sociale marocaine et au faible taux de lecture dans ce pays.

Friday, May 13, 2005

Polémique au Maroc : les évangélistes sont-ils une menace?

Décidément, le prosélytisme mené par les télé-évangélistes au Maroc continue de faire couler beaucoup d’encre. Cette polémique dure maintenant depuis des mois et a suscité un énorme intérêt, au point que même des médias internationaux, dont Le Monde, en avaient fait écho. Voici une interview donnée par un Pasteur de Casablanca, tentant de mieux éclaircir la réalité du phénomène. Le moins que je puisse dire sur cette question est qu’elle est bien complexe. Au delà du débat légitime sur la liberté d’agir et de conscience en religion, il est difficile de dresser, de manière cohérente, une ligne claire entre, d’une part, tirer profit des problèmes d’une société, et d’autre part, exploiter abusivement ces mêmes problèmes, pour prêcher une doctrine donnée.
Jallal

Monday, May 09, 2005

Abdelhamid Al-Ansari répond à certaines questions chaudes

Je crois que notre ami Abdelhamid Al-Ansari commence à avoir la cote sur notre blog. Tout le monde connaît l’institut Memri dont la tâche principale est de chercher tout article ou déclaration haineuse de certains musulmans dans les médias arabes et les traduire et les reproduire ensuite sur le site memri.org. L’objectif, bien sur, est de véhiculer une image rétrograde de l’Islam à travers le monde… Ici, néanmoins, Memri se limite à traduire une interview de Abdelhamid Al-Ansari avec le quotidien Qatari Arraya. En lisant cette traduction, je me suis trouvé en accord avec pratiquement toutes ses opinions. Je crois que les points qu’il souligne sont d’une grande importance et méritent un large écho dans le monde arabo-musulman.
Jallal

Monday, May 02, 2005

Les chiffres alarmants de la mendicité au Maroc

500.000 mendiants! Ce chiffre effrayant a été annoncé par la Ligue marocaine pour la protection de l'enfance, résultat d’une étude réalisée en collaboration avec l'Entraide nationale et le ministère de la Santé. Seul point positif est que l’on commence finalement à se pencher sérieusement sur ce cancer qui mine profondément l’état de santé de la société Marocaine. En témoigne cette étude sérieuse qui apporte des révélations très intéressantes sur le phénomène de la mendicité, ses causes et ses méthodes. Seul point positif, disais-je, car la pauvreté, tout le monde en convient, est une des causes derrière d’autres « maladies » dont souffre la société marocaine, telles que l’analphabétisme, la malnutrition ou l’extrémisme. Reste à savoir pourquoi le Maroc en est arrivé là. Il va sans dire que les raisons sont très nombreuses et j’ai pas l’intention ici de les discuter toutes mais je cite une qui est capitale. Le Maroc n’a jamais abordé l’éducation de manière sérieuse ni même eu la conviction que l’éducation et la science sont les moteurs d’une économie en bonne santé. En occident, on étudie d’abord pour créer et produire. Au Maroc, la finalité première ou la conséquence de l’éducation a été toujours de produire des enseignants. Dés lors, il n’est pas surprenant de constater la saturation à ce niveau, constatée depuis plusieurs années maintenant. La recherche et le développement n’ont jamais eu la place qu’elles méritent et continuent toujours de faire cruellement défaut au Maroc. Or, on constate rapidement que pratiquement tous les pays émergents ont fait de la question de la recherche et du développement une de leurs priorités. La Malaisie, l’Inde et Brésil en sont des exemples concrets. Sans l’investissement dans la recherche et le développement et la créativité qui en découle, le Maroc comme d’autres pays, sera toujours condamné à pratiquer l’économie de bricole, en dévaluant le dirham par exemple, en privatisant un par un tous les secteurs d’économie (le problème ici n’est pas tant la privatisation mais que ce soient presque toujours des compagnies étrangères qui gagnent l’appel d’offres), en misant trop sur le tourisme ou l’argent issu de l’immigration, etc. Ces stratégies peuvent être parfois bénéfiques, mais elles sont ou bien des moyens à court terme ou bien trop dépendantes de la situation politique et des conflits dans le monde.
Jallal