Monday, January 30, 2006

Interview avec Abdelaziz Belfqih, conseiller du Roi

A lire, sur Asharq al-Awsat d'aujourd'hui, une interview avec Abdelaziz Belfqih, conseiller du Roi Mohamed VI et coordinateur du rapport "Cinquante ans de développement humain au Maroc et perspectives pour 2025". Extrait:

" تعرض التقرير لأوضاع النخب في المغرب والأدوار والمهام المطروحة عليها، كما تعرض لمسألة تجديد هذه النخب، ماذا تقولون بشأن هذه النقطة؟

ـ من المسلم به أن للنخب دورا رائدا في كل المجتمعات. وربما تكون هذه المسألة عندنا لا تزال في حاجة إلى المزيد من التوضيح والتدقيق، ففي كل مجتمع هناك نخب تسير، وأخرى تفكر، وأخرى تقدم الرأي والاستشارة. وكل ذلك في تناغم وتكامل، لا يحول دون الاختلاف البناء. أما ما لاحظناه وسجلناه في نتائج التقرير، فهو طغيان النزعة الشخصية عند بعض نخبنا، بشكل يغيب الجوانب الموضوعية والمصلحة الجماعية. ومن التعابير المتداولة والدالة في هذا الإطار، القول مثلا بأن هذا حزب فلان، وليس الحزب الفلاني، أي أننا نشخصه ونختزله في الزعامات. يلاحظ كذلك أن الناس تتموقع مع فكرة معينة محاباة لصاحبها، وليس قياسا لمضمونها وجوهرها، ومدى الاقتناع بها. هناك قضية أخرى مهمة، وهي أن بلادنا لا تنتفع الآن وبالقدر الكافي من آراء واجتهادات مفكريها، علما بأن هؤلاء موجودون بجامعاتنا، وفئة منهم ذات مستوى علمي وفكري وثقافي عالمي.

لكن، يبدو أننا وصلنا الآن إلى لحظة مهمة، أضحى معها استثمار الإمكان البشري المتوفر ببلادنا ممكنا وضروريا.

وقناعتي هي أن المغرب بعد كل تجاربه السابقة، بنجاحاتها وإخفاقاتها، عبر الخمسين سنة المنصرمة، وصل اليوم إلى منعطف مهم وإلى مفترق طرق، حيث أصبح يمتلك المؤهلات الكفيلة ببناء مجتمع ديمقراطي، وترسيخ دولة الحق والقانون والمواطنة المسؤولة

On verra bien...

Monday, January 16, 2006

CAN2006 - Le Rendez-Vous manqué avec la Culture de Vaincre

Badou Zaki comptait bien honorer son contrat qui expirait juste après la coupe d’Afrique des Nations (CAN) 2006 en Egypte. Les pressions de quelques dirigeants de la FRMF ont finalement obligé l’ex gloire du foot national à jeter l’éponge et démissionner à … trois mois du rendez-vous Africain. Phillipe Troussier fut alors choisi comme sélectionneur. A la hâte. Il faut dire que l’objectif premier était d’abord de se débarrasser de Zaki … Le challenge soumis à Troussier consistait à qualifier l’Equipe nationale pour la CAN 2008 et la coupe du monde 2010. Pour ce qui est de la CAN 2006, sa tache devait être de sauver les meubles : Il ne sera pas jugé sur cette compétition puisqu’il n’aura pas bénéficié de temps suffisant pour préparer l’équipe. Seulement voilà, ce mariage de convenance fut de courte durée: "Nous avions des divergences de vues assez profondes et malheureusement nous ne pouvions continuer. On est arrivé à une rupture à l'amiable" déclara t-on à la fédération. Nous assistâmes alors au mariage forcé avec Fakhir. Pour le meilleur et pour le pire. Avec la mission de qualifier le onze national pour la CAN 2008, et, si affinités, continuer l’aventure en quête de nouvelles sensations (coupe du monde, JO). Et la CAN 2006 d’Egypte ? Eh ben, sauver les meubles, les sauver davantage... Pas de jugement sur cette compétition, pour les mêmes raisons. Rien de plus logique. Evidemment, s’il peut mener l’équipe loin dans la compétition, personne n’y verrait d’inconvénients.

Que serait-il passé si Zaki n’était pas poussé à la démission ? Le Maroc est l’actuel vice-champion d’Afrique et s’est fait éliminer in-extremis du Mundial d’Allemagne par la Tunisie, après une tournure des évènements, restée au travers de la gorge des Marocains. Dans ces circonstances, naturellement, la fédération ainsi que les supporters marocains auraient exigé de Zaki de ramener la coupe d’Afrique au Maroc. Ni plus ni moins. Aller en demi ou perdre en finale une seconde fois consécutive aurait été considéré comme un échec. Dommage que notre équipe nationale, sous la houlette d’un entraîneur national, ait perdu cette occasion en or de jouer une compétition sous haute pression. Dommage que le public Marocain ait perdu l’occasion de vivre une compétition avec le sentiment que seule la victoire finale est synonyme de succès. C’est ainsi que les grandes nations se forgent une culture de vaincre, à même de les amener à se surpasser dans les moments d’adversité élevée, et de les aider à surmonter la pression dans les grands rendez-vous.

Le Maroc, certes, peut se faire éliminer au 1er tour, mais il pourra tout autant se qualifier, et dans la foulée, aller loin dans la compétition. Cela tiendra à peu de choses. Indépendamment de son parcours, cependant, le Maroc a raté une occasion unique de vivre une compétition à l’instar des grandes nations de foot, telles que le Brésil, l’Argentine ou l’Italie, pour lesquelles, une seconde place est toujours synonyme d’échec. Dommage.

Tuesday, January 03, 2006

"Marock", de Leila Marrakchi

"Nous autres les Marocains, qu'est-ce que nous avons accompli, en quarante ans d'independence ? Rien. Absolument rien. Nous avons fornique. Et quand nous n'avons pas fornique, nous avons parle de fornication." Paroles d'un vieux chauffeur de petit taxi. Rabat, 1998.

Sous le titre "Pourquoi Marock derange", Karim Boukhari nous livre dans Tel-Quel du 16 Decembre dernier (no. 204) une critique acerbe et, a mon avis, tres partiale de la polemique soulevee par Marock, un film de Leila Marrakchi, au huitieme Festival National du film a Tanger. La polemique tourne autour d'une scene particuliere ou deux jeunes marocains font l'amour. Le garcon est de confession juive. La fille, elle, est musulmane. La scene aurait souleve une vague de protestations que le journaliste de Tel-Quel attribue a un "antisemitisme primaire", a "la haine", et au sentiment de "defaite" que les marocains de confession musulmane eprouveraient a l'egard des juifs en general, et de leurs concitoyens juifs en particulier.

Dans ce billet, j'entends discuter la dite scene et l'argumentation que Karim Boukhari utilise pour discrediter les critiques du film. Je commencerai par la scene d'amour, qui apparemment avait un caractere assez obscene, et sur laquelle j'entends emettre un certain nombres de reserves.

D'abord, il y a les reserves d'ordre general. Quelqu'un peut-il m'apporter une reponse satisfaisante aux deux questions suivantes:

1. Qu'est-ce qu'une scene obscene peut bien apporter a une oeuvre artistique sur le plan esthetique ?

2. Si l'on considere que l'art, sous ses differentes formes, est un moyen d'expression destine a nous emouvoir et a enrichir notre vision du monde, dans une oeuvre qui se veut serieuse, quel genre de message est-ce qu'une scene obscene peut-elle bien transmettre ?

Remarquez que j'ai bien specifie que je veux parler d'oeuvres serieuses, dont l'objectif est de traiter une problematique sociale ou historique. Personnellement, je ne pense pas que les scenes obscenes ont une valeur artistique, meme dans les films "sentimentaux". Les films romantiques les plus celebres et les plus admires de l'histoire du cinema mondial (avec a leur tete des oeuvres comme Casablanca ou Autant en emporte le vent par exemple) n'ont pas de scenes obscenes, et quand certains en ont, il s'agit de scenes accessoires, non pas de scenes charnieres comme cela semble etre le cas dans le film de Leila Marrakchi. Au fil des annees, j'ai developpe une opinion selon laquelle les scenes montrant des obscenites dans les films ou les romans qui se veulent serieux ont essentiellement un caractere palliatif. En d'autres mots, elles sont souvent utilisees comme un piment servant a masquer la mediocrite et le manque d'imagination de l'auteur (des ecrivains de scenario dans le cas d'oeuvres cinematographiques). Il est malheureusement desolant de voir que bon nombre d'auteurs marocains sont passes maitres dans l'utilisation de cette "technique", et j'irai meme jusqu'a dire que, presqu'a chaque fois que les marocains font parler d'eux dans les domaines de la litterature (de Mohamed Choukri a Tahar Benjelloun, en passant par Abdelhak Serhane) ou du cinema, vous pouvez parier que les scenes obscenes jouent un role central dans leurs oeuvres.

La deuxieme reserve d'ordre general que je ferai ici est d'un caractere ethique. Dans pas mal de pays occidentaux, et en Amerique meme ou se trouve la majorite des grands studios de production, les films sont classes selon leur teneur en mots vulgaires, en nudite et en scenes de sexe (these are the so-called "film ratings"). Bien que ce systeme n'ait, techniquement parlant, aucune valeur legale, en general les directives (en anglais: "guidelines") de la classification sont appliquees par les proprietaires des salles de cinema eux-memes de facon volontaire, et les films qui ont des scenes obscenes sont interdits aux moins de 17 ans. En l'abscence totale d'un tel systeme au Maroc, et vu que, meme si des regles pareilles venaient a etre formulees et promulguees, elles ne seraient vraisemblablement pas appliquees par les managers des centres de cinema de chez nous (au vu de la preponderance du mercantilisme et de l'absence quasi-totale de conscience professionelle qui sevit sous nos cieux), par souci de protection des mineurs je pense que les scenes obscenes ne devraient avoir aucune place dans les salles de cinema marocaines, et que les realisateurs marocains devraient faire preuve de plus de responsabilite en s'abstenant de montrer des scenes obscenes dans leur films.

J'en arrive maintenant a des reserves specifiques au sujet du film de Leila Marrakchi. L'un des buts declares du film etant de passer un message de tolerance et de traiter le probleme de l'antisemitisme au Maroc, on est en droit de se demander si une scene d'amour entre un juif et une musulmane pourrait vraiment contribuer a faire reflechir le spectateur marocain sur l'antisemitisme (reel ou suppose) de ses concitoyens ? Connaissant la mentalite marocaine, et la conception que le marocain a de l'acte sexuel, j'en doute fort. En fait, Karim Boukhari veut ridiculiser cette conception, et cite un intervenant au festival qui demande:

“Pourquoi piétiner ainsi nos valeurs ? Pourquoi montrer un juif en train de (…) une musulmane?”, s'est ainsi offusqué cet “intellectuel” à la conférence de presse. Applaudissement général. Un autre intervenant a cru bon de rétorquer, sans doute pour remonter le moral des troupes : “Mais n'oubliez pas que nous aussi, les musulmans, on a (…) beaucoup de femmes juives”. Nouvel applaudissement général. Et nouvelle démonstration du sexe perçu comme un rapport de pure domination où l'amour n'est pas partagé mais subi par la femme et “commis” par l'homme.

Dans sa vehemence, Mr. Boukhari semble innocemment oublier que, au Maroc comme ailleurs, l'acte sexuel a un cote violent, bestial, et est ainsi percu par une grande majorite de gens comme une jouissance dominatrice de l'homme aux depends de la femme. En Occident, certains ont meme elabore cette notion en une veritable ecole de jouissance sexuelle: le sadomasochisme. Que ces "elites bien pensantes" dont se moque Mr. Boukhari aient reagi de cette facon n'est guere surprenant, et je pense meme qu'il y a bel et bien une part de verite dans l'indignation de ces protestataires, meme si je trouve qu'ils se sont laisses emporter par leurs emotions et ont formule leurs critiques d'une facon plutot maladroite. En effet, je pense que beaucoup de gens au Maroc feront une interpretation symbolique de cette scene "d'amour" et, de la meme facon que le memorable gateau partage sur la terrace d'un hotel cubain dans la deuxieme partie du Parrain symbolisait la nation cubaine exploitee par les interets de capitalismes etrangers, ici aussi le juif penetrant (et meme depucelant) la musulmane sera inevitablement interprete comme symbolisant la penetration des "conspirateurs sionistes" dans les cercles de pouvoir des nations arabes, et ne fera par consequent qu'exacerber les sentiments antisemites du marocain moyen, ce qui est exactement l'effet contraire a ce que les producteurs du film avaient l'intention de produire.

Ceci m'amene a parler d'une autre omission que je ne trouve pas du tout gratuite dans l'article de Mr. Boukhari. Ce dernier parle dans son article d'"antisemitisme primaire", de "victoire de Moise sur Mahomet" (je note au passage qu'il utilise le sobriquet francophone pour le nom du Prophete), et passe completement sous silence le contexte politique actuel du conflit israelo-palestinien. Oui, n'ayons pas honte de le dire, il y a bel et bien, chez beaucoup de gens chez nous, une certaine forme d'antisemitisme latent, dont l'origine a mon avis reside beaucoup plus dans le conflit du Moyen Orient et dans ce que les marocains percoivent comme un traitement raciste et inhumain des palestiniens aux mains des israeliens que dans l'antisemitisme "primaire" dont parle Mr. Boukhari. Que le marocain moyen identifie les juifs aux sionistes est a mon avis tout a fait attendu, vu que la tendance de stereotyper est, malheureusement, chose courante chez tous les peuples: le "red neck" de l'amerique rurale par exemple identifiera presque automatiquement un arabe a un terroriste, et je pense que nous sommes en droit de nous demander quelle aurait ete la reaction du public israelien a un film montrant un palestinien avec sa keffia traditionelle ou meme un arabe de nationalite israelienne depuceler une jeune israelienne de 17 ans, et si Mr. Boukhari aurait condamne avec autant de mepris les mentalites "archaiques" d'eventuels critiques israeliens du film. (Sans meme parler d'israeliens, dans l'atmosphere islamophobe de l'apres 11 septembre, il est tout a fait concevable que la reaction de tetes bien pensantes en France et dans la majorite des pays d'Europe a un film montrant un "sale beur" entrain de depuceler une "caucasienne" mineure aurait ete tout a fait similaire.)

Pour resumer, je trouve que Karim Boukhari dans cet article a donne un bon exemple, encore une fois, de sa partialite extreme, voire de sa malhonnetete intellectuelle, vis-a-vis de questions ayant trait a la moralite ou aux valeurs traditionelles de la societe marocaine. Leila Marrakchi, quant a elle, a montre a mon avis qu'elle a encore besoin de murir en tant que realisatrice, et a besoin d'apprendre a adopter un angle d'approche plus respectueux des valeurs marocaines si elle veut vraiment arriver a influencer la vision du monde de ses compatriotes. Il me semble que cette derniere est partie de l'idee (bien francaise) selon laquelle les tabous doivent necessairement etre brises de facon frontale ("by brute force", comme on dit ici). Seulement voila, le fait qu'une strategie pareille marche avec le peuple Francais, a la mentalite contestataire, ne veut nullement dire qu'elle marchera aussi ailleurs. En fait, tenter de briser un tabou (ici, l'antisemitisme) en adoptant une strategie totalement insensible a la culture du pays, risque de produire un resultat tout a fait oppose a celui escompte (ici on dit "backfire"). Dans ce cas particulier j'oserai predire que l'insensibilite de l'auteur a la culture arabe, qui donne beaucoup d'importance a la pudeur, et au contexte politique qui sous-tend les relations judeo-arabes ne fera qu'exacerber les sentiments antisemites chez tous ceux qui respectent les valeurs familiales chez nous.

Pour terminer, je voudrais mentionner que je souhaite bonne chance a Tel-Quel dans ses demeles avec la justice marocaine, mais que si par hasard ce magazine venait a disparaitre, ce n'est certainement pas ce genre d'article qui me manquerait.


Post Scriptum

Dans cette scene obscene a l'origine de la polemique, au moment ou les deux heros du film s'appretent a consommer l'acte sexuel, ils ont l'echange suivant:

"C'est vrai, demande-t-elle en regardant l'étoile de David qu'il porte autour du cou, que vous (les juifs) ne cherchez qu'à dépuceler les musulmanes ?" Il se penche vers elle et lui met l'étoile de David autour du cou (“Comme ça tu arrêteras de la regarder") avant de l'embrasser…

Je trouve la question du caractere feminin un peu idiote, car je ne vois vraiment pas pourquoi ni comment une fille qui se met a la disposition d'un homme (qu'il soit blanc ou noir, juif, musulman ou athee, peu importe) en dehors du mariage pourrait bien s'inquieter de depucelage ou de virginite. La qualite de cet echange, ainsi que les gros mots dont le film serait apparemment emaille, me donnent l'impression que Marock est un film de categorie D. Desole, Mme Marrakchi, mais vous ne pourrez pas compter sur moi pour vous donner un sou de mon argent. :-(