Monday, December 19, 2005

Au sujet du salafisme au Maroc

Lu, dans Tel-Quel de la semaine derniere, une depeche dans laquelle on apprend que le roi Mohamed VI vient de nommer Abdellatif Hammouchi a la tete de la Direction Generale de la Surveillance du Territoire (DGST). D'apres Tel-Quel, Mr. Hammouchi serait un specialiste de la mouvance salafiste du royaume, aussi bien sur le plan ideologique (il aurait une bonne connaissance de la litterature salafie) que sur le terrain. Je pense personnellement que le salafisme est un probleme grave sur lequel les societes arabes en general, et la societe marocaine en particulier, auront a se pencher dans les annees a venir. Je pense aussi qu'une approche purement securitaire au probleme salafiste n'est pas suffisante. Pour lutter efficacement contre le salafisme, il faut aussi et surtout le contrer sur le plan des idees, en faisant par exemple ce qui suit:

1. Encourager les oulemas a contrer les deviations salafistes: les aberrations salafistes au niveau du fiqh et leurs tendances a opter pour les positions les plus extremes (comme par exemple l'idee selon laquelle il serait obligatoire pour la femme musulmane de couvrir non seulement les cheveux, mais aussi le visage) sont relativement faciles a contrer a partir des sources islamiques elles-memes. L'etat devrait inciter les oulemas, a travers des "grants" (contrats) pour des programmes de recherches cibles, a produire des traites pedagogiques qui soient a la portee de tout le monde et qui exposent les deviations salafistes au grand jour afin de contrer certaines idees vehiculees par la litterature etrangere qui circule dans les cercles salafistes du pays.

2. Incorporer des programmes d'histoire des idees et de fiqh compare dans les cursus des instituts theologiques. L'etude des differentes ecoles de pensee islamique qui se fait de nos jours dans nos universites reste extremement superficielle. Or, il se trouve qu'il est essentiel de comprendre l'histoire de l'emergence des differentes mouvances de la pensee islamique pour pouvoir placer chacune d'entre elles dans son propre contexte, deceler les deviations de telle ecole ou tel penseur, et pour pouvoir ensuite tirer les lecons qui s'imposent pour notre contexte actuel.

3. Mener une campagne mediatique contre le salafisme dans les organes mediatiques dependant de l'etat. Je ne parle pas ici d'un certain genre de propagande vulgaire auquel on a droit de temps en temps (comme par exemple lors du fameux incident de l'editorial d'Attajdid sur le tsunami dans le sud-est asiatique l'annee derniere), mais d'une campagne scientifique basee sur des articles serieux, des interviews, des tables rondes et des debats avec des oulemas et des penseurs islamiques afin de jeter plus de lumiere sur les idees salafistes et permettre au marocain moyen (qui, ne l'oublions pas, lit tres peu ou pas du tout) de comprendre que beaucoup d'idees vehiculees par le salafisme sont des interpretations extremes qui sont contraires a l'esprit de l'islam et sur lequel on ne peut pas construire une civilisation.

Il y a bien sur encore une lutte qui doit se faire sur le plan social, comme par exemple accorder plus d'attention aux quartiers populaires, en les dotant d'infrastructures culturelles et sportives, etc. Dans ce billet, j'ai voulu insister sur le cote ideologique car c'est un cote qui devrait pouvoir etre facilement mis en oeuvre, et qui pourrait s'averer etre tres efficace dans la lutte contre les idees salafistes qui ne cessent de gagner du terrain aupres des classes les plus defavorisees du pays.


Thursday, December 01, 2005

Au sujet des langues étrangères – 2nde Partie.

« Plusieurs de mes coreligionnaires lisent des vers et des comptes de fées des Arabes, étudient les travaux des philosophes et théologiens Mohammedians, non dans le but de les réfuter mais pour apprendre à s’exprimer proprement, plus correctement et élégamment dans la langue arabe. Qui parmi eux a étudié l’Evangile, les Prophètes et les Apôtres ? Hélas ! Tous les talentueux jeunes chrétiens connaissent seulement la langue et la littérature des Arabes, lisent et étudient de manière assidue les livres arabes… Si quelqu’un parle des livres chrétiens, ils répondent d’un air méprisant qu’il ne mérite aucune attention ou quoi que ce soit. Quel dommage ! Les chrétiens ont oublié leur propre langue, et il est difficile de trouver une personne parmi mille qui peut écrire à un ami une lettre d’amitié décente en Latin. Mais il y a un nombre incalculable de personnes qui s’expriment très élégamment en Arabe, et rédigent des poèmes dans cette langue avec plus de beauté et plus d’art que ne le font les Arabes eux-mêmes. »

Le texte ci-dessus n’est pas un fantasme. Il a bien été rédigé au 9ème siècle en Espagne par l’évêque de Cordoba, Alvaro (la traduction (rapide) de l’anglais est mienne. J’ai trouvé cette citation dans un livre ou l’auteur réfère lui-même à ce bouquin : « History of the Byzantine Empire » par A. A. Vasiliev) .

Remplacez les mots Chrétien/Latin par Musulman/Arabe, et le texte deviendra d’une actualité étonnante. Ces propos seraient, alors, tenus à longueur de journée par nos coreligionnaires ou concitoyens. Le cri de l’évêque Alvaro nous permet également d’analyser notre situation avec plus de recul et de nous rendre à l’évidence, à savoir que le déclin d’une société a une incidence directe sur le déclin de sa langue (de ses langues). Les raisons de la marginalisation et du déclin, je les résume, à chaud et rapidement dans les trois points suivants :

1. L’abandon ou la négligence de la langue maternelle par nécessité. Par exemple, dans le domaine des sciences et de la technologie, à l’heure actuelle, on utilise le français ou l’anglais par ce que rien n’a été fait (ou presque) pour rendre l’Arabe adéquate dans ce domaine (non traduction des livres étrangers, etc.).

2. Le sentiment d’infériorité vis à vis de la langue étrangère qui fait que certains préfèrent s’exprimer en langue étrangère pour se sentir supérieurs ou accéder à des privilèges. Cela n’est pas toujours vrai comme une discussion chez Lilli l’a récemment bien montré, mais la tendance générale correspond bien à cette motivation.
3. Les efforts des pays puissants ou anciens colonisateurs de faire perpétuer la dépendance des anciens pays colonisés vis à vis de leur « maître ». Les retombées de ces efforts sont nombreuses : dépendance économique, disponibilité de la main d’œuvre bon marché en cas de nécessité, disponibilité de la matière grise à bon marche aussi, en cas de besoin, etc.

Petite digression : il est intéressant de noter que TV5, le principal véhicule de propagande (pas dans le sens péjoratif) de la francophonie, malgré toutes les déclarations de « bonne volonté » exprimée dans la charte de cette dernière, essaie toujours, de faire perpétuer la dominance du nord vis à vis du sud. Les programmes de la chaîne restent dominés par les pays du Nord: France, Belgique, Suisse et Canada, qui proposent des journaux d’information, des films, des documentaires et magazines quotidiens alors que les pays du sud se voient dédier, sporadiquement, des émissions exotiques ou des journées « spéciales »…

Tuesday, November 15, 2005

Au sujet des langues étrangères – 1ère Partie.

Parler des langues étrangères, personne ne peut le nier, est bénéfique et salutaire. Les avantages sont multiples : ouverture sur le monde, richesse culturelle, etc. C’est nécessaire aussi pour suivre le rythme infernal du développement technologique. Cela est d’autant plus vrai quand on sait qu’un pays comme la Grèce traduit plus de livres que tout le monde arabe réuni ! Les planifications et les discours sur l’arabisation sont une farce, pas plus. L’arabisation ne peut reussir que si elle est introduite progressivement dans le cadre d’un développement de l’enseignement beaucoup plus ambitieux, et non l’inverse.

Le paradoxe est que je reste convaincu qu’une condition nécessaire de l’essor d’un pays comme le Maroc est l’état de l’arabisation (Amazighisation) de son enseignement et des ses institutions. Condition non suffisante certes, mais nécessaire. En d’autres termes, les Marocains quand ils auront contribué à l’essor de leur pays, en utilisant les avancées techniques dans des langues telles que l’Anglais ou le Français, auront à cœur –fierté identitaire oblige entre autres– de se pencher sur leur langue maternelle, pour accompagner ce développement. Du reste, il est difficile de trouver un pays développé (parfois même émergent) où une langue étrangère est préférée à la langue nationale.

La seconde partie traitera des facteurs influant sur la marginalisation d’une langue nationale.

P.S. Rédiger ce texte dans une langue étrangère n’est nullement ironique, mais reflète seulement l’état des lieux…

Tuesday, November 01, 2005

Documentaire sur Ben Barka

Un aspect tragique de la vie de Ben Barka est que son action politique, que ce soit comme leader nationaliste lors de la lutte pour l'independence, ou bien comme politicien de l'opposition apres l'independence, a ete largement occultee par les conditions mysterieuses de son enlevement le 29 Octobre 1965 a Paris. A l'occasion du 40eme anniversaire de la disparition du leader marocain, je voudrais recommender l'excellent documentaire de Simone Bitton intitule: Ben Barka, The Moroccan Equation. Ce documentaire, qui n'est pas une autre enquete sur l'assasinat de Ben Barka, a pour but de tracer l'histoire du mouvement nationaliste marocain a la veille de l'independence, en mettant en relief bien sur les contributions de Mehdi Ben Barka. Y sont interviewees nombre de temoins qui ont cotoye Ben Barka a differentes etapes de sa carriere, dont Abu Bakr Qadiri, M'hamed Boucetta, Abderrahmane Youssoufi, Ahmed Osman, Mohammed el-Yazghi, Ahmed Ben Bella, ainsi que des membres de famille (plus precisement les soeurs) du defunt. Regardez si la librairie municipale de votre ville n'a pas une copie (aux US, plusieurs "public librairies" que j'ai eu l'occasion de visiter ont acquis la video). Puis, une fois vous aurez vu le film, revenez ici pour nous faire part de vos impressions!

P.S. Je recommende vivement nombre d'autres documentaires de Simone Bitton: The bombing (version francaise intitulee L'attentat), qui documente les repercussions d'un attentat suicide qui a reellement eu lieu en Israel sur les familles des victimes, et trace la longue marche des familles des deux cotes (familles des victimes israeliennes et la famille du jeune palestinien qui a commis l'attentat) vers une improbable reconciliation; Citizen Bishara, qui documente l'action politique du membre palestinien de la Knesset israelienne Azmi Bishara; et The Wall (Le Mur) sur le mur de separation entre israeliens et palestiniens.

Tuesday, October 18, 2005

Un Marocain au service des diplômés chômeurs

Tapez « diplômés chômeurs » sur Google news. Qu’est ce que vous obtenez comme résultat ? Eh ben, 17 sur 20, soit la quasi-totalité, concernent le Maroc… Eh pourtant, « Maroc » ne faisait pas partie des mots clés de la requête !

Qu’est ce que cela suggère ? Est-ce que « Diplômé chômeur » est synonyme aujourd’hui de Marocain ? Evidemment non. Même dans les pays développés, il existe des diplômés chômeurs. Cette tendance, d’ailleurs, va crescendo, en raison, non seulement des crises économiques ici et là, mais surtout de l’outsourcing pratiqué par les multinationales, toujours avides de multiplier les gains. Cependant, la « mention très bien » (17/20) enregistrée par le Maroc est révélatrice du drame des diplômés chez nous, et du fait que le chômage les concernant est d’une dimension nettement plus importante.

Au milieu de ce chaos, Abdelkrim Samiri, un Marocain résidant en Suisse, propose un programme innovant permettant une formation de diplômés chômeurs en 6 mois afin de les aider soit à (re)trouver un emploi, soit à créer leurs propres entreprises. Ce programme a été lancé en Suisse, en 1996, par le Marocain, avec des résultats très probants. Fort de ce succès, Abdelkrim, récemment au Maroc, propose donc d’implémenter une version Marocaine du projet. Les coûts sont modestes, mais est ce que le gouvernement voudra y montrer de l’intérêt ?

Pour en savoir plus :

Diplômés chômeurs: La fin du calvaire?

Tuesday, October 11, 2005

La photo du jour: mosquee Hassan


Un petit peu de nostalgie pour les exiles: minaret de la mosquee Hassan a Rabat, le 23 Aout 2005, peu apres le coucher du soleil (cliquez sur la photo pour la voir en grand format :).

Thursday, October 06, 2005

Zaki, héros ou vilain ?

"Ce que je sais le plus, finalement, sur la morale et les obligations de l’homme, je le dois au football…". Cette citation émane de l’écrivain Albert Camus, qui était gardien de but dans sa jeunesse. Le moins que l’on puisse dire, est qu’elle est très d’actualité à la veille de ce houleux Tunisie-Maroc qui nous attend ce week-end. Samedi soir, après le coup de sifflet final, la "morale" se fera toute petite devant la passion, la haine, l’euphorie, la déraison, l’extase, la colère, … toutes conséquence d’une émotion démesurée...

Dans ce climat, coté Marocain, rarement une personne aura mis en jeu toute son réputation, tout son statut comme ce sera le cas de Zaki, l’entraîneur national. Ce dernier, en une seconde, pourra devenir l’homme le plus adulé ou le plus haï au pays. Car, "ça prend seulement une seconde pour marquer un but", comme disait Brian Clough. Mais cette seconde fera couler beaucoup d’encre. Cette seconde fera écrire des pages et des pages par des journalistes, ou plumitifs qui, selon la tournure des évènements nous expliqueraient la « tactique naïve », « la grosse erreur » ,« le match perdu d’avance » dans un cas, ou « la grande intelligence de Zaki », sa « victoire tactique », « son assurance », « sa certitude de gagner » et « sa capacité phénoménale de mener les hommes et gérer les conflits socio-psychologiques, etc. », dans l’autre cas.

Techniquement, le mot qui reviendra souvent sera « tactique »: « Tactiquement, le Maroc a …”, « Le match sera ( a été) tactique », « Zaki a gagné (perdu) son match tactique face à Lemerre). Tactique, tactique, tactique… Si seulement ces "experts" de la tactique écoutaient ce que disait B. Clough, encore lui, « Les joueurs te font gagner des matchs, et non pas les tactiques. Il y a plein de bêtises sur la tactique racontées par des gens qui savent à peine comme gagner au domino ».

Pour encourager ses joueurs, Zaki ferait mieux de leur conseiller le jour du match : « Si vous êtes dans la surface de réparation adverse et vous ne savez pas quoi faire avec le ballon, mettez le dans les filets, et nous discuterons des différentes options plus tard » comme disait, un jour, Bob Paisley.
P.S. Indépendamment du résultat de Samedi, je pense que la prestation du onze Marocain a été très médiocre lors des éliminatoires. En plus du match nul contre la Tunisie at home, les Lions de l’Atlas ont perdu bêtement 6 points à l’extérieur face à des équipes faibles.

Tuesday, October 04, 2005

La photo du jour




Photo prise (source: AP), ce Mardi 4 octobre, à Derb Sultan à Casablanca. Le coup d’envoi du Ramadan est donné. Malheureusement, on n’a pas encore envisagé la distribution sur commande on-line pour les expatriés. Chebbakia.com, ce n’est pas encore pour demain. Pourtant, c’est un business bien prometteur. Avis aux intéressés…

Monday, October 03, 2005

Ramadan Moubarak

Le jeune du mois de Ramadan est le 4ème pilier de l’Islam, mais, curieusement, au Maroc, il est au top de la hiérarchie. Je l’explique par deux raisons : a) la passivité relative que l’observation de ce rite implique, et b) la grande marge culturelle que ce rite laisse aux fidèles (cuisine, coutumes Ramadanniennes, etc.) par rapport aux autres piliers de l’Islam.

Au Ramadan, on est censé manger moins, mais au Maroc, ce mois est généralement accompagné par une inflation de certains produits, par une consommation largement plus importante, qui, de plus, est concentrée dans une fourchette de 10-15 heures… Bonjour le diabète, le cholestérol, …

Au Ramadan, on est censé être plus tolérant, moins nerveux, plus conciliant, mais au Maroc, le taux d’adrénaline atteint des records difficiles à égaler … Cela a un nom : Tramdine…

Le mois de Ramadan est censé être un mois de spiritualité, mais au Maroc, c’est le mois des jeux de hasard par excellence. Allez savoir pourquoi.

Mais, au moins, au Maroc, au mois de Ramadan, l’esprit de famille reprend ses couleurs, quoique des couleurs moins vives qu’avant. Ce n’est pas rien.

Ramadan moubarak.

Sunday, September 18, 2005

L'arbitraire

On a beau chanter, qu’au Maroc, les annees de plomb, de l’arbitraire sont révolues. Mais ces qualifications sont généralement consacrées au champ politique. Dans la vie de tous les jours, l’arbitraire continue à faire office de système. L’histoire de Ait Sirahal en témoigne. Cet émigré en France a eu une altercation avec une personne dans un café, à Marrakech, où il passait ses vacances, la veille de son retour à son pays d’adoption. Quelques heures plus tard, il est décédé dans un commissariat après avoir été torturé… L’autre personne, elle, est relâchée car elle connaît des notables de la ville…

Le pire est que le commissaire, reconnu assassin de la victime, travaille toujours comme si de rien n’était. Lire les liens en bas de page de l’article en question pour en savoir plus sur le ridicule traitement de l’affaire par la justice, la parodie de justice plutôt.

Voilà qui nous fait rappeler, que dans certains aspects de la vie quotidienne, nous vivons toujours dans le moyen age. Il est fort à parier que la victime a été « lynchée » à cause (ou « grâce », du point de vue des tortionnaires !) des connaissances au haut niveau de l’autre protagoniste de la dispute.

Arbitraire, Clientélisme, Impunité : voici la « trilogie » gagnante pour les uns, celle qui hante la vie pour les autres. Pour des millions d’autres. Pour la racaille.

Sunday, September 11, 2005

L’équation islamiste selon Tel Quel

Dans son dernier éditorial, A. Reda Benchemsi (tiens bon, Reda, face au ridicule procès dont vous êtes victime !), parle de l’équation islamiste, plus précisément du PJD, dans le système politique Marocain. En résumé, le PJD, selon lui, est le parti ou la démocratie et la méritocratie sont les mieux respectées et appliquées en interne, et que, en conséquence, il dispose d’une base très impliquée. Seulement voilà, continue t-il, reconnaître cela est une chose, accepter le PJD au pouvoir en est une autre. Il dit être farouchement opposé à une éventuelle ascension du PJD pour des « raisons idéologiques ». Pour appuyer et conforter sa position, a posteriori ( !), il donne en exemple deux récents évènements. Dans le premier, survenant lors d’un forum du PJD à Kenitra, « un invité vedette a déclaré que l’ouragan Katrina qui a détruit la Nouvelle-Orléans était "un cadeau du ciel". Sous les acclamations des jeunes, malgré ce que cette assertion a de choquant. » Dans le second, « Cet été, Attajdid, si "modéré" soit-il devenu, a tout de même bruyamment protesté contre "la débauche et les mœurs déviantes" incarnées par les festivals musicaux gratuits… ». Ce qui fait du PJD, toujours selon Benchemsi, un parti efficace mais "à l’idéologie rétrograde, parfois à deux doigts du fascisme".

Quelques points en réaction:

1. Il faut saluer la sincérité de Benchemsi. Il relate les faits et donne, ensuite, son opinion, sans démagogie et hypocrisie, chères a certains de ses confrères, pour lesquels la fin justifie les moyens, et ont recours à toutes les ruses et à la désinformation pour discréditer l’adversaire. Il est révélateur, d’ailleurs, que cette sincérité vient d’une personne travaillant pour un journal indépendant et non partisan de tel ou tel parti politique.

2. Il faut condamner sans réserve le dérapage de cet invité déclarant que la tragédie de New Orleans était un "cadeau de Dieu". Décidément, après l’affaire Tsunami, on remet ça avec Katrina. N’est-il pas venu le temps d’apprendre ? Ce que je reproche à Reda, néanmoins, c’est croire ou faire croire, consciemment ou non, que ce genre de dérapage est inhérent à "ces raisons idéologiques". Qu’il ne s’agit pas plutôt d’un dérapage instrumentalisant la dite "idéologie". Une telle attitude ne fait que favoriser le dialogue des sourds entre les uns et les autres, ne fait qu’envenimer les malentendus, alors notre société a besoin d’un dialogue serein, dépassionné, pour établir une démocratie sur des bases solides.

3. Concernant "la débauche et les mœurs déviantes", là, il y a un vrai dérapage de Reda. Dans toutes les sociétés du monde, même les occidentales, il existe des associations, des institutions qui protestent contre "la débauche et les mœurs". A des degrés divers, il est vrai, mais elles existent. Aux US, en France, partout. Et on ne parle pas alors de fascisme et d’idéologie rétrograde ! Bien entendu, il ne s’agit pas ici d’affirmer que le PJD avait raison ou non, puisque je ne sais même pas ce à quoi il se referait. Mais une société est composée de plusieurs franges et chacune prône un modèle plus ou moins conservateur, plus moins libertaire, etc. Et sortir les mots "fascisme", "rétrograde", chaque fois qu’un modèle ne nous plait pas est un peu malsain !

Wednesday, August 31, 2005

Les auteurs présumés de Zotob sous les verrous

Hmm, on peut mourir à trop pratique des jeux sur ordinateur, ou se retrouver en prison si on fait circuler des virus sur le web, comme cela vient d’arriver à notre compatriote Farid. J’ai regardé par hasard, il y a quelques jours, une émission sur le hacking et comment les hackers pouvaient entrer dans les disques durs sont que leurs propriétaires ne s’en rendent compte. L’un des moments forts de l’émission, à mon avis, est quand l’un des interviewés critique Microsoft, en lui reprochant de vendre ses produits sans se soucier des garanties sécuritaires. Il ajoute que, dans les divers domaines, industriels ou non, il existe des conditions sur la qualité du produit à vendre, qu’il faut respecter, mais pas en informatique. Bon point.

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mardi 30 aout 2005, 19h22
Les auteurs présumés de Zotob sous les verrous

Deux hommes, auteurs présumés du virus Zotob, ont été identifiés grâce aux investigations du FBI et mis sous les verrous au Maroc et en Turquie.

Deux hommes, auteurs présumés du virus Zotob, ont été identifiés grâce aux investigations du FBI et mis sous les verrous au Maroc et en Turquie. Il s'agit d'un jeune marocain de 18 ans, Farid Essebar, et d'un Turc de 21 ans, Atilla Ekici. Les enquêteurs américains étaient sur le coup depuis le mois de mars et l'apparition d'un premier virus, Mytob.

En coopération avec Microsoft et les autorités policières des deux pays concernés, ils sont parvenus à déterminer qu'Essebar a créé à la fois Mytob et Zotob, et les a ensuite vendus à Ekici. «Nous pensons qu'Essebar en a tiré un gain financier», a expliqué l'un des directeurs du FBI.

Les deux suspects seront jugés dans leur pays respectifs. Les chefs d'inculpation n'ont pas encore été définis, mais l'agence américaine participe activement à monter le dossier à charge, tout en cherchant à déterminer si d'autres complices sont impliqués.

Wednesday, August 24, 2005

Poésie: Ali Skalli

Parmi mes livres qui sont restés à la maison de mes parents, j'ai retrouvé un recueil de poèmes du poète marocain Ali Skalli qui m'avait été offert quand je vivais encore au pays. J'ai tellement apprécié le style simple et limpide de ces poèmes, que j'ai décidé d'en publier quelques extraits:


La Joconde

On lui avait tout le temps répété
Que la Joconde était
Une merveille...
Mais, placé devant elle,
L'enfant ne put que constater
En toute objectivité
Que sa maman
Etait bien plus belle
Qu'elle


Libres

Il est bon que de toutes ses fibres
L'on se sente libre
Mais c'est encore bien mieux
De se sentir libre à deux.


Soit prêt
Creuse ton puits
Pour avoir de l'eau
Pour tout ce que dure ta vie
Et puis
Comme tu ignores quand tu tombes
Creuse en même temps ta tombe


Vanité

En promenant leur tête dans leur faux col
Certains prennent un air bien hautain,
Avec ce champignon entre les épaules
Ils se croient tout bonnement le fin du fin.

Moi je me fatigue à me balader
Dans un squelette d'emprunt
Qu'il me faudra rendre à la sortie
Contre strictement rien.


Hommage

Même quand elle nous incommode et nous gêne
Et que nous la trouvons irrespirable
L'odeur des gens qui peinent
A quelque chose de respectable.


L'amitié

Gardez-vous coute que coute
Du mensonge et du doute
Car ils rongent sans pitié
Le bel arbre de l'amitié


Mise en guarde

Vous êtes belle et vous le faites voir

D'une façon si péremptoire.
Vous semblez n'eprouver crainte
Devant le temps et ses atteintes
Mais tout doux, tout doux!
Car bien éphémères sont vos atouts

Et comme pour toutes les femmes
Bien fragiles sont vos charmes
Qui ne dureront à coup sûr
Que le temps de quelques aventures
Et de quelques mésaventures.

La modestie aurait dû être votre guarde fou
Surtout,
Si vous vous rappeliez ma chère,
Que l'or, l'argent, et même la pierre
Vieillissent beaucoup mieux que nous.
Mais... m'entendriez-vous?

Monday, August 22, 2005

De l’humour Brésilien et son extension au Maroc

Les Brésiliens aiment l’autodérision. Voici une de leurs citations favorites :

- En URSS, tout est interdit, même ce qui est permis.
- En Allemagne, tout est interdit, sauf ce qui est permis.
- Aux Etats Unis, tout est permis, sauf ce qui est interdit.
- Au Brésil, tout est permis, même ce qui est interdit.

Et au Maroc, qu’est ce que vous avez envie de dire ? En ce qui me concerne :

- Au Maroc, tout est permis … ou interdit (dépendamment de l’humeur du moment).

Friday, August 12, 2005

Karim au Maroc

J'avais pris un vol d'Air France via Paris. Je debarque a l'aéroport Mohammed V vers les 11 heures du matin. Comme d'habitude, une de mes valises n'est pas là. L'on me dit qu'elle arrivera l'après-midi. Le lendemain matin, j'appelle le service des bagages de l'aéroport, et effectivement on me dit qu'elle est arrivée. Je prend le train pour aller la chercher. A la gare, je croise un ex-doyen de l'enseignement supérieur qui avait été brusquement dégradé au rang de simple professeur au début des années 90. Les rumeurs avaient circulé à l'époquequ'il avait été impliqué dans une affaire de détournement de fonds.J'ai trouvé qu'il n'avait pas beaucoup changé. Regard malicieux, sourire calculé, costume sur mesure et chaussures bien cirées, il avait toujours ces grands airs d'homme qui se croit important. Je me suis demandé s'il avait refait surface. Au Maroc, on finit toujours par refaire surface, quand on connait des gens importants. Dans ma tête, je fais vite la comparaisonentre cet homme aisé, que les années avaient très peu entamé, et des gens de situationplus modeste qui avaient beaucoup plus vieilli en l'espace de quelques années. La situationmatérielle des gens, le confort dans lequel ils vivent, a décidément une grande influence sur la façon dont ils vieillissent.

Le train arrive bien à l'heure. Il n'y a pas beaucoup de monde. Les wagons sont confortables et propres. De l'autre côté du couloir, un grand monsieur, à qui je donnerais la quarantaine, commence à se nettoyer le nez. Il est vrai qu'il y a tellement de poussière et autres particules et gaz d'échappement en suspension dans l'air que les narines se remplissent très vite de muqueuse et autres saletés, mais je trouve quand meme un peu grossier que le gars n'utilise pas de mouchoir. A la gare de Mers Sultan, un vieux bonhomme, s'appuyant sur une canne, ignore le panneau interdisant la traversée des voies, et veut prendre un raccourci a travers les rails et à travers notre train pour sortir de la gare. Mon voisin d'en face lui fait signe à travers la fenêtre d'attendre le départ du train pour entamer sa traversée. Il y a bien un passage souterrain au dessous des rails, mais les escaliers sont un peu loin, et le vieux bonhomme veut arriver vite. C'est à peine s'il accepte de patienter quelques instants jusqu'à ce que notre train démarre pour faire sa traversée. A l'aéroport, dès que les portes du train s'ouvrent, les voyageurs en partance pour Casablanca et Rabat se ruent sur les wagons avant même que nous n'ayons eu le temps de descendre. Une sorte de bousculade s'ensuit. J'entends un étranger s'exclamer: "C'est pas possible!" A la facon dont ces gens avaient pris le train d'assault, on aurait dit qu'il y avait le feu à la gare. Je hausse les épaules. Je me rend compte que certaines choses n'ont pas beaucoup changé au pays depuis ma dernière visite.
La situation économique du marocain moyen n'a pas beaucoup changé non plus.Il y a bien longtemps, une amie allemande qui avait beaucoup voyagém'avait expliqué que sa façon a elle de se faire une idée sur la qualité de vie des gens dans un pays qu'elle visitait pour la première fois consistait à observer la dentition des gens auquels elle avait l'occasion de parler. Les soins dentaires étant relativement chers (et les dents étantquelque chose de difficile à cacher, à moins que l'on décide de rester muet), des dents impeccables seraient un signe de richesse, et, plus le pays est pauvre, plus la santé buccale des gens laisse à désirer. Si l'on s'en tient à ce critère, eh bien, je dirais que la qualité de vie des marocains ne s'est pas beaucoup améliorée ces dix dernières années: les dents sales, des fois carrément noires de carie, ou qui manquent, même sur le devant de la bouche, sont légion ici. Il y a peut-être une part culturelle la dedans, mais je pense aussi qu'il y a là un signe potent qu'il existe encore beaucoup, beaucoup de problèmes économiques au Maroc.
Le lendemain de mon arrivée, pour la prière du Icha, mon père m'emmèna à une mosquée nouvellement construite près de notre quartier. L'imam est un jeune à qui je donneraisvers les 26 ans. Plutôt beau garçon, jellaba blanche, barbe courte et bien taillée, il psalmodie le Coran de très belle façon. Les fidèles qui se réunissent pour la prière, eux, sont majoritairement des retraités. J'ai été dans plusieurs autres mosquées depuis mon arrivée ici, et partout il y avait surtout des vieillards. Les jeunes, on les trouve entrain de tchatcher dans les cybers, de bavarder dans les cafés, ou entrain de draguer les filles dans la rue. Même à la prière du Vendredi, j'ai trouvé que la proportion des jeunes à la mosquée avait beaucoup baissé, et ne représentait pas du tout la distribution démographique du pays. Malgré les efforts de Amr Khalid et autres prédicateurs de masse, et à part quelques jeunes salafis ici et là, la conception que les marocains ont de l'Islam reste à mon avis assez "décontractée": on déconne comme on veut quand on est jeune, puis, à l'âge mûr, on se repent, on fait le pélerinage à la Mecque, et on commence à fréquenter assidûment la mosquée en attendant la mort.
Quoi d'autre? Conduire une voiture au Maroc pose toujours les mêmes risques. Bien que j'aie la possibilité d'utiliser la voiture de mon père, je préfère marcher à pied ou prendre un taxi. Il y a très peu de respect pour le code de la route, et pas de respect du tout pour les piétons. Bien sûr, les gens du pays arrivent toujours à trouver de l'ordre dans le désordre ambiant. Moi personellement, à force de vouloir faire attention à toutes ces voitures qui roulent là où elles ne devraient pas, aux piétons, aux vélomoteurs, et à tous les autres O.R.N.I. (objets roulants non identifiés), je trouve la conduite en ville extrêmement difficile. Et les klaxons! Cela faisait desannées que je n'en avait pas entendus, surtout la nuit. Ici, au moindre ralentissement, beep! Beaucoup de gens sont sur les nerfs. En l'espace de quelques jours, j'ai eu l'occasion d'assister à trois bagarres avec échanges d'insultes en bonne et due forme, dont au moins une allait dégénérer en violence si des policiers d'intervention rapide n'étaient pas intervenus. Il y a aussi le phénomène du "techrat". Un oncle à moi, de retour d'un voyage, était un peu fatigué et négligea de placer la voiture dans le garage. Il a laissé la voiture dehors le temps de déjeuneret de faire une petite sieste. Quand il est sorti le soir, sa voiture neuve était "mcherta". Il habite pourtant dans un quartier respectable.
Et puis encore? Quand il m'arrive de descendre en ville l'après-midi, je ne peux pas m'empêcher de m'arrêter à une pâtisserie pour un mille-feuille ou une forêt noire et un grand verre de lait. Le tout pour moins de deux dollars. La viande au maroc étant particulièrement savoureuse, je me delecte aussi tous les jours et fais le plein de mets plus succulents les uns que les autres. L'autre jour, j'ai été au marché, et j'ai acheté une grande pastèque à 5 dirhams, soit vers les 60 cents en argent US. Jallal, mon pote, j'ai bien pensé à toi, toi qui doit acheter tes pastèques à 5 dollars :) J'ai aussi joué au foot avec un cousin de neuf ans, qui avait une frappede balle si gracieuse et précise que j'en suis resté ébahi. Malgré un environnement pas toujours facile, l'atmosphère des réunions familiales au Maroc a quand même encore un caractère enchanteur introuvable en occident. Il n'y a rien à dire: malgré tout, il n'y a vraiment qu'au Maroc que je me sens chez moi...

Saturday, August 06, 2005

Les enjeux de l’émigration

Mes amis les immigrés, si vous avez le blues, le mal du pays, consolez-vous, au moins, avec le sentiment que vous participez activement au développement de notre pays. A en croire les chiffres publiés récemment [1], les transferts d’argent des Marocains résidant à l’étranger s’élèvent cette année à 10% du PIB ! En fait, il s’agit d’une sous estimation, puisque ni l’informel, ni des secteurs tels que le transport aérien ne sont comptabilisés. Qu’importe, la contribution est phénoménale au point que le Maroc occupe la 4ème place mondiale des transferts [2], derrière l’Inde, le Mexique et les Philippines ! Classement flatteur qui montre, si besoin est, l’attachement des « zmagrias » à leur Maroc chéri…

Pour l’instant, la question d’émigration est une aubaine pour le gouvernement. Elle fournit, on l’a vu, des retombées colossales en devises. Elle permet, de plus, d’alléger substantiellement le problème de chômage at home. Sans oublier qu’elle participe activement dans la promotion touristique du pays; de nombreux touristes ne sont-ils pas venus au pays uniquement grâce à leur connaissance d’amis marocains ?

Seulement voilà, il existe aussi un revers de la médaille. Comme le montre [1], les transferts d’argent émanent surtout des 1ère et 2ème générations (parlant d’Europe), et concernent en grande partie (83%) l’acquisition de maisons. La 3ème génération semble moins attachée au pays. Le gouvernement, conscient de ce problème, veut lancer des stratégies à même d’encourager l’investissement pour ses enfants émigrés. C’est louable. Mais je crains que le problème dépasse largement des initiatives de ce genre. Plus que la facilité d’investir, c’est le manque d’attachement au pays à mesure que les générations se succèdent qui est inquiétant. La première génération construisait des maisons car elle avait la certitude de retourner au « bled ». Ce n’est plus le cas pour la génération actuelle. En plus d’encourager le « business », le Maroc devrait lancer un pont culturel, médiatique et historique avec ses enfants résidant à l’étranger. Si on aime les voir investir, ils doivent connaître d’abord le pays et sentir des attaches très fortes…

Autre point négatif. A part les visas étudiants ou d’émigration pour le Canada, l ‘obtention de ces derniers devient très difficile. Le drame est que l’émigration, du coup, concerne les diplômés ou les futurs diplômés. Ce sont les forces vives du pays qui partent. Ce n’est pas grave, « se dit» le gouvernement : les « désertions » de boulot seront vite comblées par les nouveaux demandeurs et cela atténuera le problème du chômage. De plus, les nouveaux émigrés vont transférer également des devises. Cela n’est vrai, toutefois, qu’à court ou moyen terme. Les conséquences à moyen ou long terme peuvent être terribles. Une fois que les transferts deviendraient dérisoires et que des pays comme le Canada fermeraient leurs frontières, le Maroc se trouvera et sans devises et sans des diplômés expérimentés indispensables pour son décollage économique définitif. Pire, il devra alors faire face à une demande d’emploi plus forte !

Quoi qu’il en soit, il faut avoir conscience d’une chose : Les transferts d’argent, le tourisme, etc., sont des facteurs économiques qui ne doivent pas être considérés comme essentiels. Espérés certes, mais seulement accessoires, car volatiles. Un luxe quoi ! C’est le capital humain qui doit être investi et qui sera le gage de l’essor de demain si l’emphase est placée sur la recherche et le développement dans les domaines industriel, technologique, informatique et de nombreux autres secteurs.


[1] L'économie chérifienne menacée à cause de l'évolution des comportements des MRE

[2] Les transferts d'argent des Marocains émigrés en nette augmentation

Monday, August 01, 2005

La réforme du code de la nationalité approuvée

Et un dossier de moins ! La reforme tant attendue, en faveur du droit des enfants d’une mère Marocaine, d’hériter automatiquement de sa nationalité, indépendamment de la nationalité du père, vient d’être entérinée.
Il était temps, tellement, dans ce registre, l’injustice était criante à l’égard des femmes. Je présume que la nouvelle loi est retro-active et qu’en conséquence, les consulats marocains, notamment, seront assaillis par les demandeurs de nationalité. Bref, la dite injustice est derrière nous maintenant, et nous ne pouvons que nous en féliciter !

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samedi 30 juillet 2005, 19h20

Maroc: une réforme du code de la nationalité plus favorable aux mères

RABAT (AP) - Le roi Mohammed VI a annoncé samedi à Tanger une réforme du code de la nationalité lors de son discours à l'occasion de la Fête du trône qui célèbre l'anniversaire de son intronisation le 30 juillet 1999.

La nationalité marocaine pourra dorénavant être transmise par la mère, a annoncé le souverain dans son discours rapporté par l'agence MAP. Jusqu'à ce jour, seuls les enfants nés de père marocain, de mère marocaine mariée à un apatride ou de mère célibataire marocaine pouvaient prétendre à la nationalité marocaine.

La question de la nationalité a été soulevée par les associations de défense des droits des femmes après la réforme du code de la famille (ou Moudawana), entrée en vigueur en février 2004. La Moudawana a accru les droits des femmes et placé l'autorité familiale sous la responsabilité conjointe et égale des époux, mais le code de la nationalité laissait subsister un traitement inégalitaire entre hommes et femmes.

Des milliers d'enfants nés de mères marocaines mariées à des non-Marocains doivent toujours demander des titres de séjour pour vivre au Maroc puisqu'ils ne possèdent que la nationalité de leur père. L'annonce du roi devrait donc simplifier de nombreuses situations familiales.

Le code de la nationalité n'avait pas été modifié depuis 1958 et nécessitait des ajustements pour répondre aux réalités actuelles. Par exemple, les enfants nés de pères inconnus y sont toujours désignés sous le terme injurieux de "bâtards". AP

Friday, July 29, 2005

Expliquer n’est pas Justifier le terrorisme

J’allais écrire un billet sur les causes du terrorisme, mais au vu des articles et débats que j’ai lus récemment suite aux derniers actes terroristes, j’ai senti que de par le monde, il existe toujours une confusion flagrante sur la différence entre l’explication et la justification du terrorisme. Je préfère, dés lors, d’abord discuter des tenants et des aboutissants de cette confusion, discussion qui me servira d’introduction avant d’attaquer plus tard, la question fondamentale des causes du terrorisme.

Cette confusion est, soit due à des lectures naïves, pauvres et tronquées des événements, combinées avec un esprit critique presque inexistant et une autocensure inquiétante, soit elle est entretenue sciemment par des opportunistes dont le cynisme les pousse à profiter de crises de ce type pour faire avancer leurs agendas : Islamophobie, clash des civilisations, l’entretien du sentiment de la peur à l’encontre de tous qui ne sont pas « nous ». Dans les deux cas, cette confusion est grave.

Essayer d’expliquer les « causes » du terrorisme, non seulement est salutaire mais est obligatoire. On ne peut prétendre vouloir s’attaquer au terrorisme sans faire un inventaire assez exhaustif des éléments ayant une incidence de près ou de loin sur ce phénomène.

Pour lever cette confusion, rien de mieux qu’aborder la problématique en sens inverse. Par sens inverse, je veux dire des actes terroristes perpétrés par des occidentaux à l’encontre des musulmans. Comme ceux ayant été commis par quelques Américains, qui juste après le 11 septembre 2001, ont attaqué des mosquées (bombes, etc.), et même assassiné des personnes ayant un look asiatico-arabe. La même dérive s’est produite, récemment, à Londres, après les attaques terroristes, quand un touriste pakistanais, fut assassiné par quatre jeunes Londoniens, en plus d’un nombre assez élevé d’actes d’agression à l’encontre des musulmans.

Comment peut-on, dans ce cas, expliquer ces assassinats ? Par l’évidence même. Ce sont les attentats de New York et de London qui ont servi de catalyseurs à ces criminels « occidentaux » pour commettre leurs actes. Sans les attentats de triste mémoire, il est fort à parier que ces réactions terroristes n’auraient pas vu le jour. Est ce que les attentats de New York et de London leur donnent, pour autant, des justifications ? Absolument pas. Pour les même raisons qu’on ne cesse de répéter : Aucune cause ne peut justifier l’assassinat et les agressions contre de civils. Aucune. Ces personnes ont juste perdu toute raison après les évènements tragiques qui les ont secoués et ont agi de manière inacceptable. Si on accepte cet état de fait, on doit accepter tout autant l’analyse des évènements en sens inverse, évènements qui font la une des médias continuellement, à l’heure actuelle.

C’est ainsi, seulement, que l’on peut analyser de manière sereine les causes du terrorisme, loin des clichés naïfs, cyniques, ou qui, simplement, ont perdu tout lien avec la réalité. Et c’est ainsi, seulement, que l’on peut dégager des stratégies capables de venir à bout du terrorisme, ou, du moins, en réduire significativement les manifestations.

Tuesday, July 19, 2005

Forum social maghrébin

Belle initiative que celle de créer un forum social maghrébin. De par l’agenda du forum qui sans doute s’inscrira dans celui du forum social mondial (organisé pour la première fois à Porto Alegre en 2001), à savoir la lutte contre la globalisation aveugle, etc., la création de ce genre de forums contribuera significativement à enrichir le dialogue entre les citoyens du Maghreb Arabe, dialogue bien pauvre jusque là, il faut l’avouer. Ce n’est qu’en dialoguant activement avec nos voisins que nous nous connaîtrons mieux, que nous serons en mesure de dépasser nos mésententes et convaincre les gouvernements de la nécessite de cristalliser l’idée de l’Union du Maghreb Arabe.
Evidemment, pour en arriver là, il faut trouver une solution au conflit du Sahara, et c’est justement ce genre de forums qui pourra nous y aider. A ce titre, Mohamed Benhammou, membre du comité de pilotage du Forum Social marocain, note, à juste raison : « Pour ce qui est du problème du Sahara, cela ne nous empêche pas de discuter et d'expliquer nos thèses légitimes avec tout le monde. Le dialogue est notre devise avec tous, car notre conviction en notre cause est inaliénable et c'est le fond même du règlement politique sur lequel le Maroc est d'accord. ». Effectivement, nous, Marocains, avons suffisamment d’arguments à faire valoir à nos frères Algériens pour démontrer la marocanité du Sahara. C’est à mon avis une voix nécessaire pour espérer un dénouement favorable. Sinon, peut-on espérer quelque chose en s’adonnant aux insultes comme nous en avons témoigné lors de la peu glorieuse confrontation sur Al-Jazira entre le directeur de Al-Alam et un ex-député Algérien, il y a quelques mois? Rien, évidemment. Pour obtenir quelque chose, il faut se montrer très patient, éviter de trop regarder dans le miroir, aller de l’avant et surtout rester concentré sur l’objectif.

Articles liés:

Tuesday, July 12, 2005

Srebrenica, dix ans après

"Génocide" , "épuration ethnique", "crime contre l’humanité", etc., les mots et les slogans ne manquent pas aujourd’hui pour qualifier les crimes barbares commis par les Serbes contre les musulmans de Bosnie (plus de 8000 victimes!!!), il y a tout juste dix ans. Des exécutions froides et collectives aux viols collectifs (devant les pères et frères pour rendre la chose encore plus abjecte et humiliante), on aura tout vu. Les coupables ? Au-delà des Serbes bien sur, on n’oubliera jamais la lâcheté des grandes puissances occidentales qui ont laissé faire tout en ayant connaissance des crimes sur place. L’intervention Américaine, autant salutaire soit elle, fut plus cynique qu’autre chose. On ne pourra jamais nous faire croire que le problème relevait plutôt de l’organisation archaïque de l’ONU ou de conneries de ce type. Et pour cause, imaginons un instant Israel attaqué par les musulmans ou si un autre pays « civilisé » occidental est attaqué, et on verra tout de suite que si mésentente il y a, c’est au niveau de minutes et non de jours…
Ou en est-on, dix ans après ? Eh ben les bourreaux serbes, à leur tête, Ratko Mladic et Radovan Karadzic, respectivement chef de guerre et leader politique des Serbes de Bosnie sont toujours en fuite. Pire, comme nous le fait savoir Jean-Marcel Bouguereau, le rédacteur en chef du Nouvel Observateur, ces deux hommes sont considérés aujourd’hui encore comme des héros par une bonne partie de la population serbe !!! Dans ce cas, on ne peut éviter la comparaison entre ces deux criminels Serbes et le non moins criminel Bin Laden. Ce dernier, également, est considéré comme un héros par une partie de la population arabo-musulmane. La différence principale, cependant, est que la plupart des intellectuels ou supposes tels en Occident, genre Thomas Friedman, passent leurs temps a parler du statut de héros de Bin Laden chez certains musulmans sans jamais essayer de faire une analyse plus poussée et surtout sans jamais éviter l’essentialisme en rappelant leurs lecteurs, par exemple, que ces dérives ont eu également lieu chez les non musulmans, chez les chrétiens comme les Serbes ici, ou bien chez les Israéliens lors de la « fameuse » boucherie de Sabra et Chatilla dont le « héros » ne fut autre que l’actuel Premier ministre israélien, Sharon. Ce « deux poids deux mesures » est non seulement très mal ressenti par les musulmans du monde entier, mais j’ai la conviction qu’il a eu une incidence non négligeable dans fertilisation du terrorisme chez ces derniers.
Lire
1. Un calcul cynique, par Jean-Marcel Bouguereau, le rédacteur en chef du Nouvel Observateur.
2. Les marches des femmes de victimes, par Tuzla, correspondance particulière de l'Humanité.

Friday, July 08, 2005

L'ete, la mode, et l'exhibitionnisme

Chaque saison a ses modes vestimentaires, cela est bien connu. On ne saurait se passer de vetements chauds l'hiver, au risque de tomber malade. A l'arrivee du printemps, on commence deja a alleger ses habits, et a mesure que les journees deviennent plus longues, et que l'on s'achemine vers l'ete, les vetements que l'on porte s'allegent de plus en plus. La saison estivale amene avec elle des modes d'habillement assez particuliers. Surtout pour les femmes, ces dernieres annees, qui ne se genent plus pour faire part au monde de leurs atours. Et que je te montre mon ventre! Et que je te montre mes cuisses (avec un petit peu de fesse, si vous voulez bien)! Et que je te montre une bonne partie de mes seins (Ahem! Desole, pas de photo ici, hchouma)! Difficile pour un jeune homme celibataire, dont le corps est plein d'hormones, de pratiquer l'abstinence, en attendant le mariage, dans ces conditions la. On est en droit de se demander: Ou s'arrete la mode? Ou commence l'exhibitionnisme? J'attend vos points de vue!

Wednesday, June 29, 2005

Des marocains dans les news

Dans l'edition d'aujourd'hui d'Asharq al-Awsat, une interview avec Abdelghani Mazoudi, un des deux marocains juges dans l'affaire de la "cellule de Hambourg", et qui vient de rentrer au Maroc apres avoir ete relaxe par une cour de justice allemande qui l'a trouve innocent (Mounir Motassadeq, lui, a ecope de 15 ans de prison ferme). A lire l'interview, le cas Mazoudi semble bien etre celui, assez courant, de l'etudiant marocain, musulman pratiquant, un peu naif, qui sympathise avec les idees salafistes, qui se laisse un peu aller et qui prend les choses a la legere alors meme que le danger se profile a l'horizon. Je regrette ce qui est arrive a ce pauvre type, mais j'espere que son histoire pourra au moins servir de lecon a nos jeunes dans le futur.

Dans le meme numero d'Asharq al-Awsat, en premiere page, la photo d'un autre marocain, qui figure en tete de la liste des "most wanted" en Arabie Saoudite, et qui nous est presente comme le chef de la branche saoudienne d'al-Qaeda. Decidement, nos compatriotes, quand ils s'y mettent, ils n'y vont pas de main morte!

Thursday, June 23, 2005

Au sujet des reves premonitoires des membres d'al-Adl wal-Ihsane

Dans un billet recent intitule Mon seigneur Abdeslam que Dieu Le preserve!, notre ami Larbi jette un peu de lumiere sur l'organisation al-Adl wal-Ihsane, et plus particulierement sur ce qu'il appelle "l'art de la mystification" ou ce mouvement islamiste serait passe maitre. Citant l'utilisation par le mouvement de reves premonitoires comme outil de propagande, ainsi que la veneration surdimensionnee accordee au cheikh Yassine, il trouve que:

"L’organisation, qui se revendique comme la première force politique du royaume, apparaît ainsi comme une sorte de secte impitoyable entièrement vouée au culte de la personnalité de son gourou Mr Yassine!"

Bien qu'il y ait une certaine part de verite dans cette assertion, je pense que, dans un souci d'equitabilite, on devrait essayer de nuancer notre jugement un peu plus vis-a-vis du mouvement de Mr. Yassine, et ceci pour les raisons suivantes:

1. Tout d'abord, al-Adl est une organisation soufie. Cette grille de lecture est a mon avis essentielle pour comprendre la centralite des reves (et autres dogmes esoteriques) dans la pratique de cette organization. Ces reves et autres visions sont-ils inquietants? Si l'on regarde les choses dans une perspective soufie, je n'en suis pas vraiment sur. Les soufis, historiquement, ont toujours ete un peu aux franges de la societe, et ont plus ete preocuppes de spiritualite que de jeu politique. Dans leur quete spirituelle de rapprochement avec le divin, ils ont essaye toutes sortes de pratiques esoteriques, et ces pratiques et autres innovations leur ont souvent valu la condamnation de l'orthodoxie dominante. Certains, comme al-Hallaj ou Ibn Arabi, ont paye de leur vie leurs excursions extra-orthodoxes, qui ont pris des formes tres variees: poemes juges blasphematoires, danses spirituelles jugees innovatrices, visions ou hallucinations jugees offensives, etc. Au Maroc, nous avons une longue tradition de soufisme (qui parfois a degenere en superstition - en temoignent les pratiques de visitation et de sacrifices aux tombes d'un nombre impressionant de marabouts et autres coupoles adornant le paysage marocain). L'anthropologue Edward Westermarck en a fait l'objet d'une etude en trois volumes dans les annees 30. Extrait (1) :

L'un des disciples [de Sidi Hmed Bouqoudja] souhaitait aller en pelerinage a la Mecque. Le saint lui dit de se jeter dans la mer. L'homme alla a la mer, mais ne put se resoudre a se jeter a l'eau. Un autre homme est alors venu au dos d'un cheval, et lui demanda ce qu'il etait entrain de faire la tout seul. Lorsqu'il apprit qu'il suffisait de se jeter a la mer pour arriver a la Mecque, le chevalier fonca sans peur et se jeta dans l'eau. Le saint, qui etait cache dans l'eau, porta l'homme et son cheval sur ses epaules et les transporta jusqu'a la Mecque.

Pour revenir a notre sujet, les reves des membres d'al-Adl pour moi, malgre leur allures fantastiques, ne sont pas vraiment a craindre, et resultent a mon avis tout a fait normalement du conditionnement psychologique soufi. En psychologie, Freud nous a appris que les reves ne sont que l'expression de tensions et de frustrations refoulees, et qu'une concentration cerebrale intense sur un sujet donne peut souvent engendrer des reves qui relatent d'une facon ou une autre a ce sujet. Ainsi, quelqu'un qui passe ses journees a surfer l'internet a la chasse de photos salaces sans avoir l'occasion de decharger son energie sexuelle avec un partenaire reel va vraisemblablement avoir des reves erotiques la nuit. Un inconditionnel du barca qui passe ses journees a repeter en memoire les moments forts du dernier match des joueurs bleu et grenat va probablement rever la nuit qu'il fait des une-deux avec Ronaldinho sur la surface de reparation pour marquer ensuite un but dans la lucarne du Real. De la meme facon, un soufi qui assiste trois fois par semaine a des seances de dhikr, avec, que sais-je, des dances mystiques accompagnees d'etats de transe, aura tendance a avoir des reves hallucinatoires refletant ses preoccupations du jour et/ou ses frustrations ideologiques ou materielles (d'ou le lien avec la politique). Au demerant, cela fait des annees que Abdeslam Yassine predit la chute de la monarchie au Maroc, mais bien sur les evenements ont toujours montre qu'il avait tort. Preuve que ces reves a repetition et autres hallucinations (qui me font sourir par leur naivete, et qui sont vraisemblablement, comme je viens de dire, le resultat de lectures intenses de litterature soufie, et autres activites de ce genre), n'ont jamais ete prises au serieux par le leader meme du mouvement. Bien sur, l'instrumentalisation de ces reves et autres experiences mystiques (qui devraient relever de la sphere personnelle et non pas du champ d'action politique) comme moyen de mobilisation est assez condamnable a mon sense, car elle releve d'une conception plutot archaique de la pratique de la politique, donnant une place preponderante a l'esoterisme aux depends de l'analyse rationelle et critique. Mais de la a reclamer que ces reves sont "inquietants" ou "effrayants", il y a un grand chemin a parcourir pour arriver a me convaincre.

2. Al-Adl est une organization indigene. Justement, a cause de son ideologie soufie, elle est completement rejetee par les salafistes d'arabie saoudite, principaux bailleurs de fonds de l'islamisme (sunnite) international. Cela fait, il faut bien s'en rendre compte, qu'elle se situe en dehors des composantes dominantes (salafistes et ikhwanistes) de l'islam politique contemporain. A la difference des talibans, ou meme des salafis du Koweit ou d'Algerie, les dirigeants d'al-Adl ne recoivent pas de directives de l'exterieur du pays, ce qui doit etre cite a leur credit. (Par comparaison, les salafis du Koweit par exemple sont alles aussi loin en 1992 jusqu'a demander a Bin Baz, le grand mufti d'Arabie Saoudite de l'epoque, une fatwa pour savoir si c'etait religieusement legal pour eux de participer aux elections legislatives, et n'ont en fait participe aux elections qu'apres avoir recu le feu vert de leur "guide spirituel", un clair cas d'allegeance a une autorite etrangere -- le grand mufti faisant officiellement partie du gouvernement saoudien, avec un grade de ministre, ceci constituait aussi un clair cas d'ingerence saoudienne dans les affaires interieures du pays souverain qu'est le Koweit.)

3. Al-Adl n'est pas une organization clandestine. Bien au contraire, elle opere en plein jour, ce qui fait qu'elle est extremement facile a penetrer par les services de securite. Au moment ou l'on parle, je n'ai aucun doute que tout ce qui se dit dans les cercles de direction de la hierarchie d'al-Adl est immediatement transmis, analyse et decortique par les services de renseignement du ministere de l'interieur.

4. Bien sur, on pourrait s'inquieter du fait que le seul but du cheikh Yassine consiste a arriver au pouvoir. D'abord, je remarquerai que sur ce registre particulier, il est loin d'etre le seul. Mitterand aussi etait un opportuniste qui a commence sa carriere dans un parti de droite, avant de rejoindre la gauche par pur opportunisme politique ("J'ai rejoint le parti socialiste pour me faire elire", avait-il declare a un de ses proches). Cela ne l'a pas empeche d'etre un grand president de la France. Virtuellement toute la classe politique francaise actuelle est mue par l'ambition, que ce soit a droite (Chirac, Sarkozy, de Villepin et Cie.), ou a gauche (Fabius, Emmanuelli, Hollande et Cie.). Si le cheikh est vraiment l'arriviste ambitieux et sans scrupules que beaucoup de gens chez nous (y compris certaines elites de gauche) veulent nous faire croire, eh bien, qu'est-ce qui lui a pris d'attendre si longtemps pour tenter de s'emparer du pouvoir? Qu'il soit vieux, malade, et dependant ? Un homme sans scrupules et sans respect pour la vie humaine aurait tres bien pu mettre le Maroc a feu et a sang, comme les salafistes l'ont fait en Algerie pendant les annees 90. Il en avait bien les moyens, tant au niveau de la base populaire, qu'au niveau de l'organisation structurelle, et cela depuis la fin des annees 80. En fait, une lecture moins passionnee de l'histoire d'al-Adl comme mouvement politico-religieux indique que ce mouvement, depuis sa formation, a opte pour la non-violence (2), et je n'imagine pas un homme d'obediance soufie comme Abdeslam Yassine, qui a ma connaissance n'a jamais excommunie personne (pas comme les salafis qui font dans l'excommuniation, takfir, a tour de bras -- il suffit qu'on ne soit pas d'accord avec leur interpretation particuliere de certains textes religieux pour etre declare kafir), planifier des actes terroristes au Maroc. Pas d'accord? Allez-y, citez-moi une seule organization soufie, de part le monde, qui a ete impliquee dans des actes de violence a grande echelle ou de terrorisme. Que ce soit en Algerie, en Tchetchenie, en Afganistan, ou plus recemment en Iraq et en Arabie Saoudite (et meme chez nous, en relation aux attentats du 16 Mai), jamais une organization soufie n'a ete impliquee, mais ce sont bien les salafis/wahabis qui etaient toujours les acteurs principaux des massacres et autres atrocites contre les civils. C'est vrai, les militants d'al-Adl ont ete impliques dans des actes de violence sur les campus universitaires marocains. Mais la, pour etre equitable il faut aussi mentionner que les militants de gauche, dit "progressistes", ont eu aussi du sang plein les bras dans ces memes campus universitaires (et je sais de quoi je parle), et cela bien avant que al-Adl n'emerge comme une force majeure du mouvement etudiant au Maroc. Donc, a ce niveau la, j'oserai pretendre que les militants d'al-Adl ne sont ni meilleurs ni pires que les militants "progressistes" laiques de gauche. Pour revenir au cheikh Yassine, il ne faut pas forcement etre un islamiste pour respecter son parcours. Dans le numero de Tel-quel de cette semaine (3), l'academicien marocain Mohammed Chafik, collegue du sheikh au ministere de l'Education Nationale au lendemain de l'independence, affirme respecter l'homme, meme s'il n'est pas d'accord avec ses idees.

Voila pour les reves premonitoires. Bien sur, il reste beaucoup a dire sur les positions politiques des leaders du mouvement, sur leur projet de societe, leur conception du "gouvernement islamique", leur point de vue sur la democratie, etc. Ces questions pourraient former le sujet d'une critique detaillee, a base d'arguments et non pas d'emotions. Je me contenterai ici de remarquer que les idees du cheikh ont en fait beaucoup evolue depuis sa premiere lettre ouverte ("L'islam ou le deluge") a feu SM Hassan II. N'en deplaise a une gauche marocaine en perte de vitesse, je pense que les hommes et les femmes de bonne volonte devraient saluer et encourager les evolutions d'idees, comme l'acceptance (un peu tardive, certes, mais mieux vaut tard que jamais) par le mouvement des principes du jeu democratique (4). A l'heure ou meme des gens comme Olivier Roy, auteur du fameux Echec de l'Islam Politique, revise sa copie et appelle l'occident a dialoguer avec les mouvements islamistes qui rejettent la violence et qui acceptent les regles de la democratie (5), ou meme Bernard Lewis, malgre ses critiques nombreuses et acerbes des mouvements islamistes, et avec tout le poids de son autorite d'eminent historien de la civilisation islamique et de professeur emerite a Harvard, declare que l'Islam sera la religion du 21eme siecle, nous nous devrions de nuancer un peu plus nos jugements, et d'essayer de nous reconcilier un peu avec notre heritage culturel, ne pas faire d'amalgame (les soufis et les salafis, ce n'est pas du tout la meme chose), afin d'aider de facon constructive a creer un avenir meilleur pour notre pays. Les critiques destructives qui ne mettent en relief que les erreurs en evitant soigneusement de mentionner les progres, la creation d'ennemis imaginaires, ainsi que les viles attaques personnelles a la maniere de certaines publications dites "eclairees" (6), ne nous meneront qu'a un dialogue de sourds, dont les consequences peuvent s'averer catastrophiques pour le pays.

N.B. A en juger par les commentaires enregistres sur le blog de Larbi, certains lecteurs marocains reagissent aux questions ayant trait a l'islamisme de facon passionnelle. Je voudrais prevenir ces lecteurs, s'ils desirent laisser un commentaire sur ce billet, que les mots vulgaires ne seront pas toleres sur ce blog, et que tout commentaire irrespectueux de l'ethique du dialogue civilise sera automatiquement supprime. Merci pour votre cooperation.


Notes et References:

(1) Cite par Michael Wolf, in The Hadj: an American's Pilgrimage to Mecca, Grove Press, New York, 1993; page 91. (Passage traduit par Karim.)

(2) Nadia Yassine, Présentation du Mouvement Justice et Spiritualité, article paru sur le site islamiste oumma.com

(3) Interview du Dr. Mohammed Chafik, Tel Quel no. 181.

(4) John Esposito, The Islamic Threat: Myth or Reality, Oxford University Press, 1999; p. 210.

(5) Olivier Roy, intervention a la conference sur l'islam et la democratie, Universite de Berkeley, Californie, Juin 2005 (pour voir une video de la conference, cliquez ici). En fait, beaucoup d'islamologues et d'observateurs occidentaux estiment maintenant qu'adopter une strategie purement securitaire vis-a-vis de l'islamisme ne marchera pas. Le penseur seculariste egyptien Saad Eddine Ibrahim estime, quant a lui, que la pensee politique de certains mouvements islamistes egyptiens (dont les freres musulmans) a beaucoup evolue ces dernieres annees vers une acceptation reelle du processus democratique, et que le gouvernement egyptien devrait leur permettre de participer au processus politique de son pays. Lire aussi a ce sujet cet article paru recemment sur les pages d'al-Hayat.

(6) Au lendemain des declarations intempestives de Nadia Yassine sur la monarchie au Maroc (que je ne partage pas du tout, par ailleurs, pour des raisons que j'expliquerai peut-etre plus tard sur ce blog), on assiste a une veritable mise a l'index de tous ceux qui ont choisi de lui porter leur soutien, par ceux-la meme qui pendant des annees ont milite pour reclamer le droit a la liberte d'expression. Pour un exemple typique d'une attaque personnelle caracterisee, denuee d'arguments, voir l'article Hicham Alaoui ou la stratégie du chaos, paru dans le quotidien Aujourd'hui le Maroc.

Tuesday, June 21, 2005

Le scandale de pornographie à Agadir

Le scandale des photos pornographiques d’Agadir ne finit pas de faire parler de lui. Rappelons les faits : un pervers belge, du nom de Philippe Servaty, alors journaliste du quotidien « Le soir » fait des voyages réguliers à Agadir, promet la « lune » et le « paradis » à ses conquêtes d’un soir, et obtient sans difficultés le consentement de ses dernières pour, non seulement passer à l’acte sexuel, mais pour faire des photos pornographiques d’une obscénité rare. Le belge, par la suite publiera ces photos sur Internet… Les médias marocains, avec à leur tête Tel Quel, en ont fait quelques échos. Tel Quel, dans son numéro qui sera en ligne dans quelques jours, a fait état des échos dans en Belgique où l’indignation est générale et des poursuites contre Servaty sont envisagées.

Rapidement, ce scandale m’inspire les réflexions suivantes :

1. D’abord, il va sans dire que ce scandale n’a vu le jour qu’à cause (ou grâce) à la diffusion des photos sur le Net. Des histoires de ce type ne sont plus rares au Maroc, malheureusement. Sur le site http://petition.canalblog.com/, Nadia nous apprend que la chaîne de TV Al-Arabiah en a aussi parlé. En vérifiant, j’ai constaté que Al-Arabiah est allée encore plus loin. Elle a consacré tout un dossier à la « prostitution marocaine » dans les pays du golfe, dans les boites de nuit … Israéliennes, etc. Il est fait mention, également, de la prostitution homosexuelle et d’autres scandales liés au commerce de la prostitution.

2. On ne peut plus se recroqueviller derrière l’excuse éternelle de la pauvreté et la misère pour expliquer ces scandales. En témoignent les photos pornographiques dégradantes que toutes ces femmes ont accepté sans vergogne de faire. Se faire uriner dessus, se prêter à des séances de photos pornographiques avec un voile sur la tête ou en position de prière va évidemment au-delà de la misère ou des promesses de mariage. Il faut bien se rendre à l’évidence. Les causes sont à chercher ailleurs. La principale à mon avis, est ce matérialisme sauvage, phénomène assez récent qui a gagné, sans préavis, les esprits de la société Marocaine. La disparité économique croissant de manière vertigineuse a corrompu les valeurs de la société. La drogue, la corruption, l’émigration, une mentalité fondée généralement sur le « paraître » plutôt que le « être », les chaînes satellitaires pornographiques disponibles un peu partout dans les foyers Marocains, et d’autres facteurs ont fait que des personnes n’acceptent plus une vie modeste mais décente comme auparavant. Elles veulent accéder à la richesse et au luxe qu’elle qu’en soit la manière. Le pire est que les générations de leurs parents (certaines, je ne généralise pas, évidemment) ont également capitulé devant les promesses et les nouvelles portes au luxe, ouvertes devant leurs filles (ou fils). Luxe qu’elles n’ont pas eu le loisir de vivre dans leur jeunesse.

3. Le projet de 10 millions de touristes est un très bon plan. Aussi faut-il le préparer minutieusement pour qu’il ne se transforme pas en une dérive dont les conséquences seraient très néfastes sur tous les plans. Sur l’article de Tel Quel à paraître, on apprend que Servaty, après avoir diffusé les photos sur Internet, a reçu des emails de gens le priant de leur filer des tuyaux leur permettant de répéter les mêmes « prouesses » chez nous…

4. Les conséquences à moyen terme de ces histoires, qu’elles deviennent publiques ou non, pourraient être dangereuses. Nous savons tous que le marché de la prostitution est très prolifique. Il attire systématiquement la mafia qui, au départ, commence de manière soft mais, après, fait des prostituées des esclaves. La mafia associera bien sur la drogue à son entreprise, et une fois la concurrence devient rude, elle passe aux armes. Ce n’est sûrement pas ce que les 10 millions de touristes potentiels aimeraient entendre. Et ce n’est sûrement pas bon pour la sécurité de notre pays.

5. Ces histoires à répétition rendent, également, vulnérable une bonne partie de la population aux discours incendiaires de certains prêcheurs d’un Islam très dur, étroit d’esprit, qui refuserait tout ce qui est lié de près ou de loin à la modernité, en faisant un amalgame entre l’évolution naturelle d’une société vers de nouveaux horizons, et la dégradation des mœurs et la débauche qu’il faut condamner sans renoncer à la modernité.


Pour en savoir plus :

Tel Quel: Enquête. Pornographie et abus de confiance

Tel Quel : Scandale porno d’Agadir. Sur la piste du coupable

Tel Quel : Scandale porno d'Agadir. Le filet se ressèrre (article à paraître dans quelques jours).

Le dossier d’Alarabiah

Thursday, June 16, 2005

Petition pour la liberation des prisonniers de guerre marocains detenus par le Polisario

Hier, j'ai recu un email d'un ami marocain, contenant un appel lance par l'ex-ambassadeur americain au Maroc, Edward Gabriel, au sujet des prisonniers de guerre marocains detenus depuis des annees par le Polisario (il y a une petition a signer, et, si vous ne l'avez pas deja fait, visitez www.freethemnow.org et ajoutez votre signature). Texte de l'appel:

This week Senator McCain appeared on several talk shows and conducted a press conference with six former Moroccan Prisoners of War. The Moroccans are trying to bring attention to the American people of 408 of their comrades who are held captive by a warring group. A ceasefire was agreed to in 1991 between Morocco and this group. The Geneva Convention stipulates that all POW's must be released when there is a ceasefire, now fourteen years ago. Most of the remaining POW's have been held for more than twenty years. Most of them are now in their fifties.

I would like to ask you to two favors. First go to their website, www.freethemnow.org and sign onto the petition. Secondly, please take a few minutes to send this email out to as many people as possible with the same request.

I am grateful for your attention to this request, and believe we can finally release all remaining POW's in the near term, with your help.

Edward M. Gabriel
President & CEO
The Gabriel Company, LLC
1101 Vermont Avenue, NW, Suite 411
Washington, DC 20005
Tel 202.887.1113
Fax 202.887.1115

Tuesday, June 14, 2005

Vers la théocratisation et l’éthnisation du paysage politique Marocain ?

D’abord l’agrément (1) du ministère de l’intérieur donné, il y a une semaine, à la création d’un second parti islamique "Alternative civilisationnelle" ("Al Badil al Hadari"). Ensuite, encouragée par cette autorisation, la demande (2) solennelle, quelques jours plus tard, de militants de la cause berbère pour la création du Parti démocratique amazigh (PDA). Le PDA ne manque pas d’arguments pour revendiquer son entrée sur la scène politique. Au projet de loi voulant interdire tout référentiel religieux ou ethnique, il oppose la non cohérence de l’application de « deux poids deux mesures », puisque le PJD et le Badil Al Hadari, eux, ont bien été autorisés. Pour déjouer ce projet, le PDA affirme, de plus, que le parti est ouvert à toutes les ethnies, même si la manœuvre est plus politicienne qu’autre chose (on voit mal le parti attirer un nombre suffisant de citoyens non amazigh.). La cohérence et la logique sont là, et c’est cela ce qui importe.

Deux mots sur Al Badil Hadari: D’abord une bonne nouvelle pour les partis Marocains traditionnels : L’entrée en jeu du Badil aura vraisemblablement pour conséquence l’affaiblissement du PJD, leur coriace adversaire, qui verra certaines de ses voix, déçues ou dissidentes, se tourner vers le nouveau venu. Ensuite, comme le souligne Mustapha Mouâtassim, le secrétaire général du parti, elle permettra d’enrichir « la différence au sein d'une même sensibilité (islamique) », et fera en sorte que personne « ne monopolise le référentiel islamique au Maroc ». Ce dernier point est capital, à mon avis. L’assurance de ne pas voir le référentiel islamique monopolisé par un seul parti aidera à lever la confusion entre Islam et partis islamiques, confusion criante dans le monde arabo-musulman contemporain. Elle rendra, ainsi, plus aisée, la désacralisation des partis politiques islamiques sans pour autant désacraliser l’Islam lui-même. Arriver à ce stade sera primordial pour mener des débats politiques dans la sérénité. Mises à part ces précisions, Al Badil al Hadari clame (3) haut et fort que son credo principal est la promotion de la démocratie et qu’il n’hésitera pas à nouer une alliance avec tout parti démocratique dont le projet de société est similaire, qu’il soit « laïc, de gauche, de droite ou islamiste ». Ce que je trouve très salutaire. Que les alliances portent sur les valeurs, les projets et non sur les idéologies leur donnant naissance !

Notons, au passage, que le refus initial du pouvoir d’autoriser Al Badil était du à la supposée identité chiite (4) de ses membres, « accusation » démentie par les concernés. Mais cela (le refus) est une autre histoire…

En dehors de ces considérations, s’achemine t-on vers une éthnisation et une théocratisation du paysage politique marocain ? Peut être, mais je pense qu’il s’agit d’une phase normale, dont il ne faut pas exagérer la portée. Au-delà des soupçons et/ou calculs des uns et des autres, les islamistes lancent des partis politiques afin de, entre autres, faire respecter l’identité musulmane du Maroc, les berbères, afin de faire respecter l’identité amazigh, etc. Quoi de plus normal si les différentes sensibilités se sentaient (sentent), à raison ou à tort, opprimées et bafouées dans leur droit identitaire, etc., et réagissent en conséquence. Du moment, bien sur, que les structures politiques sont adéquates et ne permettent pas l’anarchie ou la mainmise d’un parti sur les autres, ce qui est heureusement le cas dans notre pays. Une fois les différentes frustrations (identitaires, religieuses) libérées, l’avenir appartiendra aux formations politiques qui sauront tenir compte des différentes sensibilités (ethnique, religieuse, laïque, féministe, etc.), écouter leurs aspirations et dissiper leurs craintes, tout en proposant un projet de société global, solide et sans qu’il soit centré sur des références religieuses ou ethniques.

Références du billet

Wednesday, June 08, 2005

Mohammed Lechheb sur la question du Sahara

Le directeur du bureau d'al-Hayat au Maroc, Mohammed Lechheb, est un veteran du journalisme marocain. N'ayant jamais eu l'occasion de le rencontrer, je ne suis pas sur a quelle generation il appartient, mais j'ai cru comprendre, a travers ses ecrits, qu'il faisait deja partie du metier dans les annees 70, les fameuses annees de plomb, pendant lesquelles il avait eu l'occasion de rencontrer et d'interviewer des personnalites de l'opposition pour le compte de journaux marocains de l'epoque. Bref, dans un article paru Lundi dernier, Mohammed Lechheb parle du role du colonialisme europeen, qui, en partitionnant le Maghreb en plusieurs regions d'influence, a seme les grains des separatismes ulterieurs dans toute la region. A la fin de son article, il reprend une vieille idee:

التاريخ يكتب بمداد الفرصة الضائعة، على أمل ألا تضيع فرص أخرى، طالما أن التمسك بالهوية لا يعني أن لكل قبيلة وطناً، ولكل جماعة ملاذاً غير الوطن الموحد. والأقرب أن عراق القومية العربية آل الى رئيس من الزعامة الكردية، ولا بأس من التذكر بأنه كان هناك في المغرب من يحبذ أن يكون رئيس الوزراء من اصول صحراوية.

لمَ لا. ألم يصبح المعارض الرقم واحد عبدالرحمن اليوسفي رئيس وزراء؟

Bien que je ne soit pas personellement contre l'idee, je ne suis pas du tout convaincu que nommer un premier ministre Sahraoui pourra, au stade ou l'on est aujourd'hui, changer quoi que ce soit a la solution du probleme. Un premier ministre (ou meme un ministre des affaires etrangeres) Sahraoui au tout debut du conflit (au debut des annees 80 par exemple) aurait peut-etre pu gagner plus de soutien pour la cause marocaine chez les tribus Sahraouis, facilitant ainsi la tenue d'un referendum, ce qui aurait resolu le probleme une bonne fois pour toutes. Maintenant que les negociations avec le Polisario sont au point mort, que le referundum semble bien etre mort et enterre, et que l'effort diplomatique entre les differentes parties semble etre a son plus bas niveau depuis bien des annees, qu'est-ce qu'on pourrait bien attendre d'un tel premier ministre? Il ne peut tout de meme pas esperer raviver le referundum. Alors, a quoi bon pourrait servir l'appartenance "ethnique" d'un eventuel premier ministre Sahraoui? Y a-t-il quelque chose qui m'echappe ici? J'attends vos reactions!

Saturday, June 04, 2005

Le mythe de « Bent Lblad »

Le billet que j’ouvre, part d’une statistique révélée, dans notre discussion sur les écoles Américaines au Maroc, par notre amie Blue Velvet : « dans le resencement cite par Karim, figure une donnee tres interessante: le taux des Marocains non-maries est le plus haut de tous les Arabes :)) ». Les raisons ? plusieurs selon BV:

« -le mythe de Bent lblad, la seule, l'unique, l'introuvable perle :) (Regardez les annonces sur wafin.com si vous pensez que j'exagere).
- Soyons serieux: Je crois que pour beaucoup, qui vivent sur deux petits boulots, parfois plus, la vie est difficile et ne permet pas de fonder un foyer.
-Ceux qui ont une situation passent pas le "papillonage affectif", se disent qu'ils ne vont pas rester eternellement aux US. Les annees passent, ete apres ete, ils rentrent au Maroc en vacances mais il est difficile de rencontrer la perle rare.
- je pense que les Marocains sont exigeants et originaux. Quelque part, ils ont raison...
»

Ce que je remarque, en lisant les causes que tu avances, BV, est que leur validité (ou non, pour rester objectif) concerne tout autant les Marocains vivant au Maroc que ceux d’Europe ou d’Amérique du Nord. A des degrés divers, il est vrai, certaines pouvant même passer d’une extrémité à une autre. Ceci juste pour affirmer que le sujet concerne tous les Marocains quelque soit leur lieu de séjour. C’est un clin d’œil à nos amis d’Europe et du Maroc!

Pour le reste, BV a également précisé : « I might be wrong. Comme on dit, c'est l'esquisse du commencement du debut d'une reponse. » Eh ben, pour faire le tour de ces quatre phases, je présume qu’il y aura de quoi écrire un livre ! A la mesure de la passion suscitée par le sujet… Sans tarder, je ne vais pas émettre de réaction personnelle à ce stade; je ne veux pas «corrompre» l’esprit de départ des tes réflexions. Pourrais-tu, donc, nous en dire davantage, BV, sur les points que tu as soulevés et éventuellement sur d’autres? A toi l’honneur!

Wednesday, June 01, 2005

Les Français du Maroc ont voté "oui" à la Constitution européenne

"RABAT (AP) - Le "oui" à la Constitution européenne l'a largement emporté dimanche parmi les Français résidant au Maroc, dont 83,84% ont approuvé le traité, a annoncé l'ambassade de France à Rabat lundi. Quelque 5.929 Français se sont prononcés en faveur de la Constitution, contre 1.143 qui l'ont rejetée. La participation a toutefois été assez faible avec un taux de 52%, soit 7.145 votants sur un total de 13.756 inscrits.
La communauté française au Maroc, en pleine expansion depuis 2002 et l'une des plus importantes en dehors de l'Union européenne, est estimée à quelque 30.000 personnes, la moitié d'entre elles n'étant pas inscrites dans les différents consulats du royaume. AP"

Intéressants ces chiffres. La discordance entre le pourcentage du "oui" des Français du Maroc et le pourcentage national est frappante. La différence avoisine les 40% ! On aurait aimé en savoir davantage sur les raisons d’une telle disparité en questionnant directement les concernés. Ou la réponse, tiendrait-elle simplement dans le fait que ces Français étant des émigrés, ils sont moins hostiles à aller vers l’autre (l’Europe dans ce cas), à découvrir et à oser en quête d’un avenir meilleur, en plus du fait qu’ils ne souffrent pas de la crise sociale at home en France ? Je n’en sais rien.

Tuesday, May 31, 2005

Discussion sur le foulard islamique

L'auteur de ces lignes, ainsi que son partenaire sur ce blog, ont pris part recemment a une discussion assez interessante sur le site de notre compatriote Sanaa, portant sur certains aspects de la question du foulard islamique dans la societe marocaine. Les lecteurs de ce blog peuvent, s'ils le desirent, parcourir ces echanges en cliquant ici.

Je voudrais profiter de cette occasion pour poster l'article d'un canadien, qui n'est ni musulman ni rien, mais qui fait un interessant plaidoyer en faveur du code vestimentaire islamique (c'est en anglais - the title is a little provocative, but the article itself is not):

The Debauchery of American Womanhood: Bikini vs. Burka

By Henry Makow Ph.D.
September 18, 2002

On my wall, I have a picture of a Muslim woman shrouded in a burka.

Beside it is a picture of an American beauty contestant, wearing nothing but a bikini.

One woman is totally hidden from the public; the other is totally exposed. These two extremes say a great deal about the clash of so-called "civilizations."

The role of woman is at the heart of any culture. Apart from stealing Arab oil, the impending war in the Middle East is about stripping Arabs of their religion and culture, exchanging the burka for a bikini.

I am not an expert on the condition of Muslim women and I love feminine beauty too much to advocate the burka here. But I am defending some of the values that the burka represents for me.

For me, the burka represents a woman's consecration to her husband and family. Only they see her.

It affirms the privacy, exclusivity and importance of the domestic sphere.

The Muslim woman's focus is her home, the "nest" where her children are born and reared. She is the "home" maker, the taproot that sustains the spiritual life of the family, nurturing and training her children, providing refuge and support to her husband.

In contrast, the bikinied American beauty queen struts practically naked in front of millions on TV. A feminist, she belongs to herself. In practice, paradoxically, she is public property. She belongs to no one and everyone. She shops her body to the highest bidder. She is auctioning herself all of the time.

In America, the cultural measure of a woman's value is her sex appeal. (As this asset depreciates quickly, she is neurotically obsessed with appearance and plagued by weight problems.)

Pour lire l'integralite de l'article, cliquez ici.

Est-ce qu'il exagere, le mec? Faites-nous savoir!